Qu’elles conseillent des élèves ayant des difficultés ou gèrent une école d’ALS, ces deux leaders du domaine de l’éducation, qui font partie des plus anciens détenteurs des qualifications de direction d’école et d’agente ou d’agent de supervision de l’Ordre, partagent une passion pour l’enseignement et l’apprentissage toute la vie.
De Melissa Campeau
Louise Beaulne, EAO, Timmins
Détentrice de la qualification de directrice d’école, 2e partie, depuis près de 23 ans.
«Si un élève dérange parce que ses besoins ne sont pas comblés – parce qu’il a peut-être une façon différente d’apprendre ou un problème plus fondamental : la faim ou la fatigue –, cela peut avoir une incidence sur toute la classe. C’est pourquoi il est extrêmement important de comprendre l’enfant et ses besoins.» — Louise Beaulne, EAO
Pour Louise Beaulne, son rôle d’entraîneure de l’équipe de basketball de l’école est une source de grande fierté dans sa carrière ponctuée de nombreuses réussites. Cela lui a permis de personnaliser ses liens avec les élèves d’une façon qui a eu une incidence profonde sur son enseignement.
«Un autre type de rapport se crée avec les enfants lorsqu’on entraîne une équipe, explique-t-elle. On apprend vraiment à les connaître et ces amitiés persistent dans la classe.»
L’établissement de liens véritables et la considération apportée à chaque élève individuellement ont caractérisé le travail de Mme Beaulne au fil des ans.
Lorsqu’elle est devenue directrice dans une école d’Iroquois Falls, près de Timmins, elle s’est profondément ancrée dans la vie quotidienne de ses 120 élèves. En plus de ses responsabilités de directrice, elle était la conseillère en orientation et, bien souvent, la secrétaire. «C’était une bonne expérience, dit-elle. J’en ai tellement appris!»
Quelques années plus tard, elle a accepté un poste de directrice adjointe, puis de directrice, à l’école secondaire de Timmins, qu’elle a elle-même fréquentée quand elle était adolescente. Dans ce rôle, elle était responsable d’une mise à niveau technologique à l’échelle de l’école. «Un donateur généreux souhaitait offrir quelques bourses à l’école, explique Mme Beaulne. Je suis parvenue à le convaincre qu’en consacrant cet argent à l’acquisition de nouvelles technologies pour l’école, il pourrait aider tous les élèves, pas seulement ceux en dernière année.»
En tant que directrice de projets au conseil scolaire, Mme Beaulne a également voulu que des subventions soient octroyées à l’éducation des Premières Nations et à la littératie chez les garçons. «Nous avons reçu du matériel de lecture dans différents domaines, y compris des livres sur la chasse et la pêche. Je suis très fière de ce projet.»
Mme Beaulne était travailleuse sociale avant de devenir enseignante. Il n’est donc pas surprenant qu’elle voit la nécessité d’établir des liens avec les élèves les plus difficiles à rejoindre. «Il y a une dynamique de groupe dans la classe, explique-t-elle. Si un élève dérange parce que ses besoins ne sont pas comblés – parce qu’il a peut-être une façon différente d’apprendre ou un problème plus fondamental : la faim ou la fatigue. Cela peut avoir une incidence sur toute la classe. C’est pourquoi il est extrêmement important de comprendre l’enfant et les besoins qui lui sont propres.»
Bien qu’elle ait pris sa retraite il y a sept ans, elle pense souvent à ses élèves et à l’enseignement. «Je profite de ma retraite, explique Mme Beaulne, mais je demeure membre de l’Ordre, car je veux me tenir informée sur la profession.»
Mme Beaulne a repris ses études pour devenir enseignante après avoir eu deux enfants. «J’ai travaillé avec tellement d’acharnement pour obtenir mon autorisation d’enseigner, dit-elle. Je suis très fière d’être enseignante. Si je décide de m’impliquer de nouveau, alors j’aurai une autre porte d’ouverte.»
Oi-Yi Ivy Chan, EAO, Toronto
Détentrice de la qualification de directrice d’école, 2e partie, et d’agente de supervision depuis 20 ans.
«J’ai toujours été extrêmement passionnée par l’éducation, sous toutes ses formes […]. Je veux trouver des moyens de rendre l’apprentissage des connaissances plus facile et plus amusant. C’est ce qui m’attire vers la profession.» — Oi-Yi Ivy Chan, EAO
Oi-Yi Ivy Chan, EAO, a commencé à enseigner le piano à 12 ans. Bien que la musique ait été son premier amour, c’est sa passion pour l’enseignement qui lui a permis de façonner sa carrière hétéroclite.
En 1976, peu après son arrivée de Hong Kong, au Canada et une M. Éd. en poche, elle a commencé à enseigner à des élèves de 7e et 8e année au Scarborough Board of Education (aujourd’hui le Toronto District School Board), avant de passer au secondaire.
Elle s’est spécialisée dans l’enseignement de l’anglais langue seconde (ALS) et a élaboré des évaluations pour le conseil scolaire afin d’aider le personnel enseignant à mieux comprendre comment progressent les élèves dont la langue maternelle n’est pas l’anglais. «Les gens s’intéressaient de plus en plus à l’influence de l’apprentissage de l’ALS sur l’enseignement et l’apprentissage», explique Mme Chan.
Entre-temps, elle a obtenu un doctorat en éducation, ainsi que les qualifications de directrice d’école et d’agente de supervision.
«J’ai toujours été extrêmement passionnée par l’éducation, sous toutes ses formes, que ce soit l’enseignement du piano ou de la langue à des enseignants ou à des élèves, ou l’échange d’informations avec les directions d’école et autres collègues, explique Mme Chan. Je veux trouver des moyens de rendre l’apprentissage des connaissances plus facile et plus amusant. C’est ce qui m’attire vers la profession.»
Mme Chan a été une pionnière pendant la plus grande partie de sa carrière. En 2002, lorsqu’elle a accepté le poste de directrice d’une école de Thornhill, au sein du York Region District School Board, elle est devenue la première directrice d’origine chinoise et la première femme à occuper ce poste dans l’histoire des 151 ans de l’école.
Jusqu’au printemps 2017, Mme Chan était directrice d’International Education Services, toujours au sein du York Region District School Board. «Nous travaillons avec des élèves provenant de 37 pays, et nous sommes passés de 800 visas étudiants à plus de 2 000, affirme-t-elle avec fierté. C’est le plus gros programme de ce genre au Canada.»
Au fil des ans, Mme Chan a influencé les politiques et a aidé les pédagogues à mieux comprendre l’apprentissage de l’ALS. Toutefois, elle aime surtout se souvenir de l’influence qu’elle a eue sur les élèves et leurs familles.
«Je me souviens que nous faisions un peu de tout quand j’enseignais l’anglais langue seconde», dit Mme Chan. Un jour, le père d’une élève arrivée récemment du Vietnam est venu lui parler. «Il m’a dit qu’il savait que j’avais beaucoup aidé sa fille et m’a demandé si je pouvais l’aider à trouver un logement. Alors, je suis également devenue agente immobilière! dit-elle en blaguant. Notre travail peut être très stressant, mais il est important de prendre quelques minutes pour réaliser que l’on fait vraiment la différence.»
Mme Chan se souvient d’un autre épisode, il y a quelques années, où un homme s’est approché d’elle dans un magasin d’alimentation : «Il m’a dit qu’il pensait me connaître et m’a demandé si je m’appelait Ivy. Quand il était jeune, elle était son enseignante. Ce soir-là, j’ai découvert qu’il était devenu agent de police.
«Il m’a dit ‘‘J’ai toujours voulu vous dire…, je pense tous les mois aux changements dans ma vie qui sont survenus grâce à vous.’’ Ce fut un moment précieux pour moi.»