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Les avantages de la suppléance

Des enseignantes et enseignants suppléants expliquent quels sont les avantages de pouvoir travailler dans différentes écoles.

De Stuart Foxman
Photos : Matthew Liteplo

Photo de Corey Way, enseignant agréé de l'Ontario, debout dans un gymnase tenant un ballon de basketball dans les mains. Trois élèves sont derrière lui, chacun tenant un ballon de basketball sous le bras.

Corey Way, EAO, se souvient que, lorsqu’il était élève, les journées n’étaient pas les mêmes quand il y avait un suppléant. «On pensait qu’on allait avoir la journée libre. J’étais sans doute plus bavard que d’habitude [ces jours-là] et moins discipliné», blague-t-il.

Aujourd’hui, Corey Way voit la suppléance différemment. Enseignant depuis 2015, il fait de la suppléance depuis janvier 2016. C’est maintenant à son tour de relever les défis – et de récolter les fruits – de son travail qui l’amène d’une école et d’une salle de classe à l’autre.

«Cela vous permet de voir quelles sont les stratégies qui fonctionnent le mieux dans certains contextes, affirme M. Way, qui faisait de la suppléance pour le Brant Haldimand Norfolk Catholic District School Board, jusqu’à ce qu’on l’ait embauché à temps plein en septembre pour enseigner la 6e-7e année. Ça vous permet de réfléchir à votre pratique.»

La suppléance est une réalité pour nombre de nouveaux diplômés, et ce, même s’ils sont de plus en plus nombreux à décrocher un emploi à temps plein. Toutefois, comme ces cinq suppléants peuvent en témoigner, la suppléance peut faire de vous un meilleur pédagogue. Voici dix leçons apprises sur le tas.

1re leçon : Profitez de la variété

Avec l’expérience, on apprend que les élèves ont des personnalités et des styles d’apprentissage bien différents, et qu’il est toujours bon d’écouter les conseils de ses pairs. Les suppléantes et suppléants, eux, doivent l’apprendre à la vitesse grand V.

En l’espace d’un an, les suppléants enseignent à un plus grand nombre d’élèves que les titulaires de classe. «Vous voyez ce qui fonctionne et, en même temps, vous absorbez tant d’informations», de dire M. Way.

Eddy Rogers, EAO, a travaillé pour différents conseils scolaires et dans plusieurs écoles, ce qui lui a permis de découvrir toute une gamme de pédagogies traditionnelles et expérimentales, et de juger de leur efficacité.

Lors de ses entrevues pour des postes de suppléance à long terme au Simcoe Muskoka Catholic District School Board, on a demandé à M. Rogers ses impressions sur diverses méthodes. Il a pu puiser dans toute une gamme d’expériences pour répondre. «J’ai reçu une initiation pratique aux avantages de différentes approches», explique M. Rogers.

2e leçon : Suivez le mouvement

Entre septembre et avril de l’année scolaire 2016-2017, Kaitlyn Fitzpatrick, EAO, a parcouru presque 40 000 kilomètres en voiture pour son travail. Elle habitait à Huntsville (elle vit actuellement à North Bay) et a accepté des affectations dans 60 salles de classe différentes au sein de 27 écoles du Near North District School Board. Dans la plupart des cas, il s’agissait d’affectations d’une journée; la plus longue était de trois jours.

Au cours de l’année, Mme Fitzpatrick a obtenu des affectations la veille, parfois des semaines à l’avance. Mais, souvent, l’appel arrivait à 6 h 30 et elle devait partir en trombe. Il faut faire preuve de souplesse, saisir rapidement les occasions et les idées qui se présentent.

«Sur le plan professionnel, il est avantageux d’avoir une bonne capacité d’adaptation. Il est facile de s’enliser dans la routine. Quand on fait de la suppléance, chaque journée nous oblige à sortir de notre zone de confort», affirme Kaitlyn Fitzpatrick.

3e leçon : Ayez plusieurs cordes à votre arc

Enseigner d’école en école permet aux suppléantes et suppléants d’emmagasiner tout un éventail de stratégies sur lesquelles ils pourront compter plus tard, dans le cadre d’une affectation à court terme ou, éventuellement, dans leur propre salle de classe.

Par exemple, M. Rogers a beaucoup appris d’une affectation qui lui a permis d’enseigner dans une salle de classe à la fine pointe de la technologie et dans laquelle les élèves travaillaient indépendamment. Plus tard, il a incorporé certaines de ces techniques ailleurs.

Mme Fitzpatrick était prête à intégrer les «toutes nouvelles méthodes» qu’elle avait apprises pendant sa formation. Au XXIe siècle, l’apprentissage fondé sur le questionnement est important, explique-t-elle. Toutefois, grâce à ses affectations de suppléance, force a-t-elle été de reconnaître les avantages des techniques dites «traditionnelles» plus structurées, comme l’apprentissage par cœur. «Il est parfois utile de donner une certitude aux élèves en leur laissant savoir s’ils ont tort ou raison», affirme-t-elle.

Photo de profil de Carol Anglehart, enseignante agréée de l'Ontario.
«Au cours des premières années [de suppléance du jardin d’enfants à la 12e année], j’ai découvert les groupes d’âge que je préférais et où je me sentais le plus à l’aise.» —Carol Anglehart, EAO, suppléante pour le Conseil scolaire public de district du Nord-Est de l’Ontario
Photo de profil d'Eddy Rogers, enseignant agréé de l'Ontario
«Travailler pour différents conseils scolaires et dans plusieurs écoles m’a permis de [juger de l’efficacité] de toute une gamme de pédagogies traditionnelles et expérimentales.» —Eddy Rogers, EAO, suppléant pour le Simcoe Muskoka Catholic School Board et d’autres

La suppléance a permis à Mme Fitzpatrick d’ajouter plus d’une corde à son arc. «Un des principaux avantages de la suppléance est d’être [exposé] à de nombreuses idées fabuleuses», de dire Kaitlyn Fitzpatrick.

La première fois que Carol Anglehart, EAO, a fait de la suppléance dans une école secondaire, un enseignant lui a parlé d’un projet artistique qu’il avait réalisé avec ses élèves. Cela lui est resté. Durant une autre affectation, elle s’en est souvenue et lui a demandé de lui envoyer le matériel. Un tel partage d’idées peut se produire partout, mais, étant donné la diversité des affectations, les suppléantes et suppléants peuvent rapidement se constituer une longue liste de contacts.

À chaque école, Mme Anglehart apprend les ficelles du métier. Elle a surtout fait de la suppléance, n’ayant décroché que quelques contrats à long terme. Elle a travaillé pour le Conseil scolaire public de district du Nord-Est de l’Ontario (où elle a obtenu un contrat de un an) et le Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario, ayant développé de bonnes relations avec des directions d’école et des membres du personnel d’au moins dix écoles différentes. «Comme les liens existent déjà, les suppléants peuvent en profiter pour établir des rapports avec les élèves», dit-elle.

Photo de Kaitlyn Fitzpatrick, enseignante agréée de l'Ontario, debout derrière une table. Trois élèves sont assis à la table devant elle et dessinent sur des feuilles.
La suppléance a permis à Kaitlyn Fitzpatrick, EAO, d’ajouter plus d’une corde à son arc.

4e leçon : Participez à des activités de perfectionnement

Après avoir enseigné à différents groupes d’âge, Mme Anglehart a suivi des cours menant à une qualification additionnelle (AQ) pour enseigner aux cycles intermédiaire-supérieur afin de l’aider à propulser sa carrière. «J’ai utilisé mon temps libre pour me perfectionner.»

Sachant qu’il n’avait pas les mêmes obligations qu’un titulaire de classe, M. Rogers a lui aussi consacré du temps à développer ses compétences afin d’avoir «une longueur d’avance» pour décrocher un contrat de suppléance à long terme.

Au cours des six mois entre l’obtention de son diplôme et son inscription sur la liste de suppléance, M. Rogers a obtenu une QA en éducation de l’enfance en difficulté. Après avoir commencé à faire de la suppléance, il a obtenu une QA pour enseigner au cycle intermédiaire. Il a également profité de son temps libre durant la journée et en soirée pour suivre des cours de perfectionnement professionnel gratuits en ligne.

En avril 2016, soit un peu plus de un an après s’être inscrit sur la liste de suppléance, M. Rogers a obtenu son premier contrat à long terme (trois mois) et en a eu deux autres depuis. Maintenant que son horaire est plus chargé, il réalise à quel point le temps qu’il a investi dans son perfectionnement professionnel s’est avéré utile. «Le temps libre que j’avais pour acquérir des connaissances professionnelles à mon rythme me manque.»

Photo de profil de Sheldon Reasbeck, enseignant agréé de l'Ontario
«Il faut savoir interpréter les gens rapidement, comprendre le type d’élèves que vous avez et comment ils apprennent. C’est important pour s’épanouir.» —Sheldon Reasbeck, EAO, suppléant pour le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario et le Distric School Board Ontario North East
Photo de profil d'Andrew Shedden, enseignant agréé de l'Ontario
«Ils savent que je suis là parce que je veux leur enseigner et parce que je me soucie de leur apprentissage. Ils croient en ma sincérité.» —Andrew Shedden, EAO, enseigne dans une école de bande située dans la communauté éloignée de la Kashechewan First Nation, près de la baie James (Ontario).

5e leçon : Apprenez vite et démarquez-vous

Captiver son auditoire fait partie de l’enseignement. Chaque nouvelle affectation permet d’apprendre rapidement des techniques de gestion de classe. «J’observe de près les interactions. Il faut prendre une seconde, évaluer le groupe, trouver le point médian et s’impliquer immédiatement», explique Mme Fitzpatrick.

Sheldon Reasbeck, EAO, sait comment utiliser sa formation pour mettre son jeu en place. Il a fait partie d’une équipe de hockey junior A et il est maintenant instructeur certifié pour Hockey Canada. M. Reasbeck exploite un programme de développement pour les joueurs de hockey à Kapuskasing nommé PowerPlay Hockey. Il est également suppléant pour le Conseil scolaire public de district du Nord-Est de l’Ontario et le District School Board Ontario North East.

En tant qu’entraîneur de hockey, je dois évaluer la partie et les joueurs, et avoir un impact, explique M. Reasbeck. C’est la même chose en salle de classe. Il doit penser vite et offrir une excellente performance. Chaque jour est un nouveau match.

«Vous êtes dans un milieu différent et enseignez différentes matières à différentes années d’études. Il faut savoir interpréter les gens rapidement, comprendre le type d’élèves que vous avez et comment ils apprennent. C’est important pour s’épanouir en tant qu’enseignant. C’est un prolongement de votre formation», affirme M. Reasbeck.

Tout pédagogue tentera, au fil des semaines, de se rapprocher de ses élèves et apprendra à interagir avec eux. Pour les suppléants, le créneau est bien plus mince. «En tant que suppléant, j’ai deux minutes, et non un mois», déclare M. Way.

Afin de tisser rapidement des liens, Corey Way pose d’emblée des questions aux élèves : Qu’avez-vous fait hier? Qu’est-ce que vous aimez? Cette stratégie lui rappelle ce qui compte le plus dans les relations enseignant-élèves.

«Dans l’enseignement, on essaie d’étiqueter beaucoup de stratégies. Dès que j’arrive dans une salle de classe, j’apprends à connaître les élèves. Ma stratégie est d’établir des relations personnelles», explique M. Way.

6e leçon : Suivez le processus

Les suppléantes et suppléants vont d’une classe à l’autre, dans plusieurs écoles; ici aujourd’hui, ailleurs demain. Ils n’ont pas toujours l’occasion de suivre les progrès des élèves et de voir le fruit de leur labeur. Pour M. Way, cette situation est en fait un incitatif pour se donner entièrement, chaque jour. Il faut se concentrer sur le moment; c’est une question d’éthique professionnelle.

«Pour réussir, il faut être fier de son travail. Il faut faire de son mieux. Vous ne verrez peut-être pas les résultats, mais cela vous aidera à devenir un meilleur pédagogue», affirme M. Way

7e leçon : Examinez les progrès sous un nouvel angle

Quand on enseigne aux mêmes élèves tous les jours, on ne se rend pas toujours compte des progrès qu’ils accomplissent. C’est précisément parce que Mme Fitzpatrick n’enseigne pas à la même école tous les jours qu’elle peut juger des progrès des élèves depuis le début de l’année.

À l’automne, Mme Fitzpatrick a rencontré des élèves qui éprouvaient des difficultés scolaires. Quand on l’a rappelée au printemps pour faire de la suppléance dans la même classe, elle a constaté les énormes progrès qu’ils avaient accomplis. C’est important de réaliser qu’à force d’efforts et avec de bonnes méthodes d’enseignement, les élèves peuvent s’améliorer; c’est quelque chose qu’on n’apprécie pas tous les jours. «C’est motivant», dit-elle.

8e leçon : Gérez la classe avec rigueur

Ce point est toujours important, surtout quand on fait de la suppléance. Selon M. Way, certains élèves présument que la présence d’un suppléant brise forcément la routine. Il s’efforçait donc de lire les notes que lui avait laissées l’enseignant titulaire de classe, de se familiariser avec les procédures de la salle de classe et de les respecter.

Il reconnaît que la structure contribue grandement au succès des élèves. «Les élèves ont souvent de la difficulté à changer de rythme et cela peut les distraire du contenu de la leçon», explique M. Way.

Son objectif : «Veiller à ce que la classe atteigne les objectifs fixés.»

9e leçon : Repartez sur une bonne base

Avoir les mêmes élèves et les mêmes classes tous les jours a ses avantages. Vous apprenez à bien les connaître. Toutefois, le danger est de les classer dans quelques paniers.

«Quand j’arrive dans une salle de classe, je ne connais personne; je n’ai donc aucun parti pris. Les enfants savent que je ne suis pas là pour les évaluer. Ils peuvent se sentir à l’aise et n’ont pas besoin de jouer la comédie», explique Mme Fitzpatrick.

Cela souligne l’importance d’avoir l’esprit ouvert et d’être impartial avec les élèves. Mme Fitzpatrick n’est pas influencée par le passé. «Chaque jour est différent et j’aime ça!», s’exclame-t-elle.

10e leçon : Vivez votre passion

Au cours de sa formation, M. Rogers voulait enseigner au jardin d’enfants. En tant que suppléant, il a enseigné à plusieurs groupes d’âge et a également participé à un programme alternatif de la section 23. «Vous commencez à apprécier des choses autres que les cycles et les matières pour lesquels vous avez été formés», dit-il. D’ailleurs, il enseigne maintenant la 7e-8e année à temps plein pour le Simcoe Muskoka Catholic District School Board.

Mme Anglehart a enseigné du jardin d’enfants à la 12e année : «Au cours des premières années, j’ai découvert les groupes d’âge que je préférais et où je me sentais le plus à l’aise.»

D’une certaine façon, la suppléance peut éveiller son enthousiasme. Parce qu’elle n’a pas tout le travail des enseignants à temps plein, Mme Anglehart «arrive fraîche et dispose tout le temps». Elle explique qu’un grand nombre de nouveaux pédagogues se mettent de la pression pour décrocher un emploi à temps plein. Prenez un peu de recul, acceptez le travail qu’on vous offre et tirez-en des leçons : «Ça vous permet vraiment de vous élargir l’esprit et d’élargir vos horizons», affirme-t-elle.

Pour M. Reasbeck, c’est une question d’attitude. La suppléance vous donne la chance d’être exposés à des milieux scolaires, programmes et idées différents. L’objectif est peut-être un emploi à temps plein, mais, entre-temps, toute une gamme d’expériences vous amène à réfléchir au genre d’enseignant que vous souhaitez devenir. Cela vous prépare à saisir les occasions qui se présenteront.

«Ça vous permet de devenir un meilleur enseignant. Quand on commence à faire de la suppléance, le but est d’avoir sa propre salle de classe. Je vous conseille d’accueillir le défi à bras ouverts et de prendre le temps d’apprécier la courbe d’apprentissage», dit M. Reasbeck.

Sur la voie rapide dans les Premières Nations

Dès la première année, Andrew Shedden, EAO, a eu sa propre classe. Un an plus tard, il est devenu accompagnateur en littératie et en numératie. Il a fait beaucoup de chemin pour y arriver.

Pour se rendre à son premier emploi, M. Shedden a pris un vol de Toronto à Thunder Bay, puis un autre vol à Sioux Lookout, et a ensuite parcouru 425 kilomètres jusqu’à Sachigo Lake, une communauté située au nord-ouest de l’Ontario. «C’était une aventure passionnante et une excellente occasion de sauter dans l’enseignement à pieds joints», se rappelle Andrew Shedden.

Au lieu de chercher des postes de suppléance, M. Shedden, qui vient de Peterborough, a suivi un parcours différent. Il a enseigné pendant six mois à la Sachigo Lake First Nation et a ensuite mis le cap sur la Kashechewan First Nation, située sur la rive nord de la rivière Albany, à 10 kilomètres à l’intérieur de la baie James. Le logement de M. Shedden, qui lui a été fourni par la communauté, est à deux minutes de marche de la Francine J. Wesley Secondary School.

M. Shedden est également retourné sur les bancs d’école, notamment pour apprendre la langue crie et les traditions des Premières Nations. (Il décrit sa maîtrise de la langue comme étant horrible : «Je comprends mieux le cri que je ne le parle.») Il est également musicien; il a joué de la guitare dans les grands rassemblements de la communauté et à l’occasion d’un réveillon du Nouvel An, accompagné d’un joueur de violon cri.

À l’instar de la communauté, les élèves ont bien accueilli M. Shedden. «Ils savent que je suis là parce que je veux leur enseigner et parce que je me soucie de leur apprentissage. Ils croient en ma sincérité», explique M. Shedden.

Dès son arrivée, M. Shedden a eu l’occasion d’élaborer ses propres stratégies de gestion de classe et d’évaluation. Il élargit ses compétences en suivant un programme de maîtrise à temps partiel (offert par l’Université de la Colombie- Britannique) en technologie éducative.

Les emplois à temps plein que M. Shedden a obtenus dans ces deux communautés des Premières Nations du nord de l’Ontario lui ont permis de progresser rapidement dans sa carrière, mais ce n’était pas sa principale motivation. «C’est une expérience en enseignement sans pareille», conclut-il.