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Pratiques exemplaires

Photo de Laura Zietak, enseignante agréée de l’Ontario, debout devant un mur couvert de symboles mathématiques.

Fractionner la classe de maths

Les stratégies gagnantes de Laura Zietak, de son propre aveu, ne sont pas pour tout le monde. Encore faut-il savoir gérer l’incertitude, les imprévus, voire le chaos! Un défi tout indiqué pour cette enseignante de mathématiques.

De Philippe Orfali
Photos : Matthew Liteplo

Exclusivité en ligne : visionnez un portrait numérique de nos Pratiques exemplaires à oct-oeeo.ca/portraits.

Laura Zietak, EAO, enseigne les mathématiques à toutes les années d’études et dans différentes filières. Même si elle est animée par une passion des chiffres, ses élèves sont tout pour elle sauf des numéros, et c’est manifeste dès que l’on entre dans sa salle de classe.

Enseignante à l’école secondaire publique Gisèle-Lalonde depuis l’ouverture des portes de cet établissement d’Orléans, en 2003-2004, Mme Zietak n’a pas peur des défis, et sa passion pour sa matière et la profession l’anime aujourd’hui comme aux premiers jours.

«Dès le secondaire, je savais que je voulais être enseignante. J’aimais étudier, transmettre mes connaissances autour de moi, poser des questions, déconstruire des concepts. Dans mon album des finissants de l’école secondaire publique Louis-Riel, c’est même écrit que, plus tard, j’enseignerai les maths à l’école. Eh bien, après mes études en mathématiques et à la fin de mes études en éducation à l’Université d’Ottawa, c’est à Louis-Riel que j’ai fait mon stage. Dix ans plus tard, j’enseignais à Gisèle-Lalonde, l’école voisine», dit-elle, satisfaite de ce beau parcours.

Elle attribue la trajectoire de sa carrière en mathématiques à deux excellentes enseignantes, Louise Malette et Claire Labrosse. «Mon expérience démontre à quel point de bons enseignants peuvent avoir un impact sur le parcours de leurs élèves. Je leur dois tellement!»

Jongler d’une filière et d’une année d’études à l’autre comme elle le fait tous les jours implique une connaissance intime des curriculums.

«Enseigner à toutes les années d’études et dans tous les programmes me donne une excellente vision globale du cheminement mathématique et scolaire d’un élève, et cela me permet d’être plus efficace. J’ai une meilleure perspective des priorités de l’enseignement. Je choisis de mettre l’accent sur des choses différentes. Il faut savoir modifier ses stratégies pour répondre aux besoins des élèves, et c’est un défi que je trouve stimulant.»

Les murs de sa salle de classe sont peut-être dégarnis, mais c’est pour mieux donner la priorité à l’aménagement d’une aire de travail propice à la réussite.

Mme Zietak laisse en effet le soin à chaque élève, ou à chaque groupe d’élèves, de choisir le support qui lui convient le mieux pour travailler. Ainsi, une équipe préférera faire les exercices demandés au tableau blanc situé à l’avant de la classe, tandis que d’autres opteront pour des tableaux individuels effaçables. Deux élèves, quant à elles, préfèrent la bonne vieille méthode traditionnelle, soit travailler méticuleusement sur des feuilles, crayon à la main.

Certains élèves travaillent debout, d’autres sont agenouillés, d’autres encore sont assis calmement à leur poste de travail. Certains ont des conversations animées, d’autres chuchotent. Mme Zietak sonde la classe du regard, satisfaite de ce qu’elle voit. On comprend vite que, ce qui importe le plus pour l’enseignante, c’est que ses élèves parviennent à leur fin, quelle que soit la manière la plus efficace pour eux de s’y rendre.

«Plusieurs études démontrent que le fait de pouvoir travailler sur des surfaces verticales ou effaçables, comme les tableaux, favorise la prise de risque. On peut effacer une erreur du bout du doigt. C’est beaucoup moins intimidant que d’avoir à effacer frénétiquement avec une gomme pour retirer une faute», explique-t-elle.

Sur le tableau principal, elle a inscrit son «menu du jour». La période est en effet découpée en de multiples activités afin de retenir l’attention des élèves. Cette approche est l’un des piliers de la stratégie de Mme Zietak, même si elle n’est pas la plus facile à mettre en place.

«En morcelant ma période, je me sens beaucoup plus efficace dans mon enseignement. Je me limite aux explications, ce qui laisse pleinement le temps aux élèves de faire leur travail. Ça me permet aussi de constater plus facilement ce qu’ils ont manqué ou mal compris. Je peux alors le réviser avec eux et tisser des liens entre les diverses leçons.»

L’enseignante commence la plupart de ses classes par un résumé des apprentissages précédents et les termine par un récapitulatif qui permet aux élèves de participer.

Évidemment, certaines périodes sont plus théoriques que d’autres, mais elle tente de limiter le plus possible l’enseignement magistral pour favoriser les activités pratiques.

En 9e année, elle vise un maximum de 20 minutes d’explications. Dans ses classes plus avancées, ce segment de la période peut atteindre de 40 à 50 minutes. «Mais je sais que ce sera difficile. Après une demi-heure, on commence à voir l’amorce de bâillements! Alors, j’essaie de faire des blagues ou de captiver les élèves avec des graphiques ou d’autres éléments visuels. Le menu permet de juger à quel point du parcours nous sommes rendus et ce qui reste de la période; c’est motivant de voir que des activités s’en viennent.»

M<sup>me</sup> Zietak, EAO, tente de limiter le plus possible l’enseignement magistral pour favoriser les activités pratiques en classe.
Mme Zietak, EAO, tente de limiter le plus possible l’enseignement magistral pour favoriser les activités pratiques en classe.

Ces activités prennent tantôt la forme de jeux, comme le bingo mathématique ou une version résolument mathématique de Jeopardy, tantôt la forme d’énigmes à résoudre. L’ensemble des élèves est appelé à répondre, généralement sur une base volontaire. Mieux vaut encourager que forcer une réponse, croit-elle.

Mme Zietak se rend compte que sa façon de faire ne convient pas à tous les enseignants. «Il faut se connaître. Si tu gères bien le chaos, faire des activités ouvertes, c’est une bonne idée. Si tu as plus de difficulté à gérer l’incertitude ou les imprévus, il faut peut-être trouver d’autres façons d’amener tes élèves aussi loin. Comme enseignant, il faut d’abord et avant tout trouver son équilibre. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut avoir peur d’essayer de nouvelles stratégies.»

Fine observatrice, elle préfère discuter individuellement avec les élèves qui semblent hésitants ou qui éprouvent des difficultés, plutôt que de les mettre à l’épreuve devant leurs camarades de classe, ce qui ne fait parfois qu’aggraver la situation.

«En variant la formule de mes activités, j’essaie de veiller à inclure tout le monde, autant les élèves qui semblent se trouver en tête ou au milieu qu’en queue de peloton», précise-t-elle.

Ces derniers peuvent compter sur son appui à l’heure du dîner ou encore avant ou après l’école. Selon les besoins, les rencontres peuvent aussi prendre la forme de groupes d’entraide, ce qui a l’avantage de favoriser les échanges.

À en juger par les commentaires de ses élèves, cela fonctionne.

«Ça fait trois ans que Mme Zietak est mon enseignante. Ce qui la distingue, c’est la façon dont elle agit avec ses élèves : elle est toujours présente, elle sait s’adapter à notre réalité et faire preuve de souplesse. Elle arrive à voir rapidement quand on ne comprend pas quelque chose et elle sait s’attarder sur ces aspects-là», explique Pierre- Alexandre, un élève du baccalauréat international qui finira ses études secondaires cette année.

«Les techniques de Mme Zietak me gardent éveillée; je suis plus attentive. Ça nous incite à comprendre beaucoup plus. Elle nous a présenté une multitude d’approches et je sens que ça nous prépare bien pour l’avenir», ajoute Valérie, également en 12e année.

Édith Dumont, directrice de l’éducation du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario abonde dans le même sens. «Mme Zietak contribue au développement d’une pédagogie novatrice au sein de notre conseil scolaire, grâce à sa créativité et à la création d’un milieu d’apprentissage propice au bien-être et à l’épanouissement de tous ses élèves.»

«Elle diversifie ses stratégies d’enseignement et incorpore de nouvelles activités afin de favoriser la compréhension et la réussite de ses élèves, et agrémente le tout de son enthousiasme et de sa bonne humeur. Elle est un réel atout pour notre conseil scolaire, car nous encourageons toute notre communauté, élèves comme enseignants, à penser autrement. Améliorer nos pratiques permet ainsi d’accroître l’engagement de nos élèves», ajoute-t-elle.

C’est ce qui explique que Mme Zietak ait reçu, il y a deux ans, le Prix d’excellence en enseignement de la capitale offert par le Réseau d’Ottawa pour l’éducation, un honneur qui revient à ceux qui font preuve d’excellence en enseignement en marquant de façon tangible l’apprentissage des élèves et en créant des milieux d’apprentissage de choix. Les candidatures sont soumises par des parents ou des collègues.

Pour sa part, Laura Zietak se considère d’abord et avant tout chanceuse de vivre sa passion de l’enseignement et d’avoir su conserver le feu sacré 15 années plus tard. Toujours aussi curieuse, elle se dit sans cesse à la recherche de nouvelles approches pour favoriser la réussite et l’épanouissement de ses élèves. «Pour moi, c’est ça le plus important; c’est ça qui me rend heureuse de faire ce travail.»

Cette rubrique met en vedette des enseignantes et enseignants qui ont reçu un prix en enseignement. Ces personnes répondent aux attentes de l’Ordre en incarnant des normes d’exercice professionnel élevées.

5 techniques pour dynamiser votre enseignement

Laura Zietak, EAO, s’active chaque jour pour trouver de nouvelles façons de captiver ses élèves et de favoriser leur compréhension des mathématiques. Elle offre ici quelques conseils.

  1. Planifiez votre semaine.

    Définissez des objets d’apprentissage clairs et réalistes, et trouvez des activités variées qui sollicitent différentes compétences. Mieux en avoir trop que pas assez!

  2. Gardez vos élèves actifs.

    Prévoyez au moins une activité dynamique par semaine, ce qui permettra aux élèves de bouger ou de s’exprimer (p. ex., des jeux de mathématiques ou des activités manuelles).

  3. Favorisez un bon climat.

    Accueillez vos élèves tous les jours et dites-leur au revoir à la fin de la classe. Intéressez-vous à leur vie. C’est simple et ça peut sembler évident, mais cela compte beaucoup.

  4. Donnez de la rétroaction.

    Faites régulièrement des évaluations formatives et posez des questions constructives pour vérifier les acquis. Appuyez les élèves en équipes ou individuellement.

  5. Discutez avec les collègues.

    Discutez avec des collègues de différents secteurs et de différentes écoles. Vous serez surpris des découvertes que vous ferez, lesquelles viendront soutenir votre planification!