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Enseigner aux élèves LGBTQ

Créer un milieu plus inclusif en six éltapes

De Lisa van de Geyn

Il y a deux ans, Ian et Stephanie Clark ont remarqué que leur enfant cadet, AJ (prénom fictif), élève de 2e année alors âgé de sept ans, avait des problèmes de comportement. «Une explication plausible a fait l’affaire pour la plus grande partie de l’année : AJ se conduisait comme un enfant et testait ses limites, raconte Mme Clark. Puis, avant la fin de l’année scolaire, il a dit qu’il voulait porter des vêtements de fille, mais qu’il craignait que cette forme d’affirmation de soi ne soit pas acceptée.» Cette conscience de soi a étonné ses parents qui parlent de leur enfant (biologiquement de sexe masculin) en utilisant les pronoms pluriels «they, them et their», lesquels sont neutres en anglais. Mme Clark ajoute que, malheureusement, les préoccupations d’AJ et les siennes n’étaient pas inattendues. Malgré le fait qu’ils vivent dans une ville d’une grande diversité, «les personnes faisant partie de la communauté LGBTQ, les gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels, bispirituels et queers, font l’objet de préjugés et de discrimination.»

Il existe des politiques et des mesures législatives pour protéger les élèves, notamment la Politique d’équité et d’éducation inclusive de l’Ontario, mais l’intolérance continue de s’immiscer dans les salles de classe d’un bout à l’autre de la province. En 2015, la Manitoba Teachers’ Society a publié une étude intitulée Rapport final du projet Chaque prof sur l’éducation inclusive des personnes LGBTQ dans les écoles de la maternelle à la douzième année au Canada. Le rapport révèle de terribles statistiques : 49 % des pédagogues disent entendre tous les jours ou toutes les semaines des remarques homophobes (p. ex., «c’est tellement gai»); 55 % connaissent des enfants LGBTQ victimes de harcèlement qui s’automutilent; et bien que 97 % soutiennent que leur école est sécuritaire, les chiffres relatifs au taux de bien-être des élèves LGBTQ ont de quoi faire peur. Égale Canada (organisme torontois qui fait la promotion de l’inclusion et oriente la politique publique) a découvert que 44 % des élèves transgenres sont susceptibles de manquer des cours parce qu’ils craignent pour leur sécurité.

Sur une note plus positive, les recherches montrent que la grande majorité des enseignantes et enseignants sont au courant de l’éducation inclusive pour les LGBTQ et qu’ils l’appuient. Dans le cadre de notre dernier sondage, les lecteurs de Pour parler profession nous ont demandé de publier plus fréquemment des reportages sur le sujet. David Parmer, EAO, enseignant de sciences au secondaire, à Toronto, au Dr. Norman Bethune Collegiate Institute, affirme qu’il a consciemment fait l’effort de penser à ces élèves tout au long de ses 25 années de carrière. «Je sais que les statistiques indiquent un taux de suicide très élevé chez les jeunes des communautés LGBTQ. Pour moi, l’essentiel est de créer un espace sécuritaire et accueillant. J’essaie de faire en sorte que mes élèves se sentent représentés dans notre salle de classe.»

Si vous ne savez pas comment vous y prendre pour créer un milieu plus inclusif ou que vous n’avez pas de formation en la matière, vous n’êtes pas les seuls. Nombre d’enseignants souhaitent prendre plus d’assurance et accroître leurs connaissances afin de mieux communiquer avec les élèves LGBTQ et de mieux leur enseigner. Nous avons parlé aux pédagogues qui réussissent à intégrer le prgramme-cadre et à prioriser la visibilité de tous les élèves dans leurs classes.

1. Pratiquez l’autoréflexion

Cette première étape n’est pas la plus évidente, mais Joe Jamieson, EAO, registraire adjoint de l’Ordre, souligne que les pédagogues doivent faire preuve d’empathie, de confiance, de respect et d’intégrité en milieu de travail. C’est pourquoi il est important de faire un examen de conscience. «Demandez-vous si vous avez des idées préconçues ou un comportement préjudiciable envers les personnes LGBTQ, propose M. Jamieson. Si vous avez une perception négative, c’est une attitude contre laquelle il faut travailler. Sinon, vous aurez de la difficulté à interagir avec tout le soin et le respect que ces élèves méritent.»

2. Approfondissez vos connaissances

«Se sentir intimidé par le manque de connaissances ou de formation est chose commune. Cependant, nous avons découvert que la meilleure façon de vaincre nos appréhensions est de multiplier les occasions d’apprendre et de renforcer sa confiance, affirme Tess Della-Pieta, EAO, enseignante à l’école secondaire catholique Pierre-Savard, à Ottawa. Figurant parmi les nombreux défenseurs des élèves LGBTQ à son école, Mme Della-Pieta déclare que, grâce au soutien de l’administration scolaire, les membres du personnel peuvent non seulement assister à des séminaires, mais aussi créer leurs propres forums pédagogiques. «Il y a quelques années, nous avons organisé la première “Rencontre interscolaire”. C’est une conférence annuelle d’une journée qui permet de discuter, dans le cadre d’ateliers et de tables rondes, des enjeux actuels, des outils, des étapes à suivre et des objectifs futurs au sein de notre conseil.»

En tant que membre de la communauté LGBTQ et enseignant au cycle primaire à Toronto, John Paul Kane, EAO, explique que, pour apprendre à connaître les élèves LGBTQ, il faut faire preuve d’initiative. «Demandez à suivre un cours ou atelier de perfectionnement professionnel et tendez la main aux alliances entre gais et hétérosexuels ainsi qu’aux collègues des écoles avoisinantes où des programmes créent des espaces inclusifs et sécuritaires. Allez les voir en action.» M. Kane souligne que chaque école devrait avoir un représentant pour faire le lien avec le service d’équité du conseil scolaire. L’Ordre offre un cours menant à une qualification additionnelle sur l’enseignement aux élèves LGBTQ. (Voir l’encadré pour plus de détails.)

3. Favorisez l’inclusion dans les leçons

M. Parmer cherche constamment des moyens utiles d’établir un lien entre le programme-cadre et les thèmes liés à la réalité LGBTQ. «Un des sujets que j’aborde est l’impact du VIH/SIDA dans le monde. Je passe beaucoup de temps à décrire la marginalisation des LGBTQ dans les années 1980 qui ont été témoins de l’essor du VIH/SIDA», dit-il.

Samuel Everitt, EAO, conseiller d’orientation à l’école secondaire Étienne-Brûlé, à Toronto, a trouvé tout à fait naturel de parler d’orientation sexuelle, d’identité de genre et d’expression de genre pendant ses cours d’anglais. «L’intégration de différents types de textes était relativement facile, car il y a de plus en plus de romans, de pièces de théâtre et de nouvelles qui incluent des personnages et des thèmes LGBTQ. Quand l’idée générale n’était pas immédiatement évidente, on étudiait le point sous-jacent.» Par exemple, pendant la lecture de Roméo et Juliette, M. Everitt souligne que sa classe a analysé le sous-entendu dans «le personnage de Mercutio comme pouvant être queer et amoureux de Roméo».

Dans son cours d’histoire de 10e année, M. Everitt a mené une discussion sur le triangle rose, symbole de persécution et de discrimination utilisé pour la première fois par les nazis contre les homosexuels. Le triangle rose a plus tard été utilisé comme symbole positif de la communauté LGBTQ.

4. Encouragez l’inclusion dans toute l’école

L’école où Mme Della-Pieta enseigne a fait de remarquables progrès : «Les élèves LGBTQ ont accès à des toilettes non genrées, une alliance solide regroupe les gais et les hétérosexuels toutes les semaines et, l’été dernier, ils ont participé à la parade de la Fierté gaie à Ottawa». De plus, les espaces sécuritaires et les personnes de confiance sont clairement désignés; tout membre du personnel peut fixer des autocollants ou des cartes indiquant «espace sécuritaire» à la porte et aux murs de leur salle de classe ou sur des effets personnels. «Purement volontaire, ce moyen d’identification montre aux élèves que les personnes désignées sont vraiment prêtes à appuyer quiconque pourrait les aborder.»

5. Parlez de votre expérience

Les pédagogues de la communauté LGBTQ ou ceux dont un proche en fait partie ont une occasion sans pareille de changer les choses. Bien qu’Ian Clark, EAO, directeur adjoint à la West Oak Public School, à Oakville (Ontario), et père d’AJ, ne puisse parler que de l’expérience et de la perspective de sa propre famille, il est enthousiaste à l’idée d’appuyer ses élèves LGBTQ et leur famille en étant ouvert à propos du cheminement d’AJ.

Selon M. Jamieson, les élèves bénéficient de la visibilité des enseignants LGBTQ. En tant que pédagogue ouvertement gai, il est d’avis que les enfants doivent se reconnaître dans ceux qui leur servent d’exemples – qu’ils soient autochtones, qu’ils aient un handicap ou qu’ils s’identifient d’une manière ou d’une autre à un groupe en particulier. «Ils ont besoin d’avoir l’exemple d’adultes qui réussissent dans leur communauté», explique le registraire adjoint en ajoutant que l’Ordre appuie les enseignants qui choisissent de dévoiler leur orientation et qui veulent encadrer les élèves LGBTQ.

M. Kane parle ouvertement de son orientation sexuelle et de son identité de genre depuis qu’il a commencé à travailler pour son conseil scolaire il y a 22 ans. «Nous, les enseignants queer, devons assumer un rôle de chef de file», dit-il. De plus, il affirme être également ouvert à propos de son emploi du temps à l’extérieur de l’école. En effet, M. Kane et son collaborateur se transforment en drag queens et font des lectures publiques de livres au contenu culturellement diversifié et inclusif à l’intention d’un public de tout âge. «Plusieurs de mes élèves ont participé à mes évènements et plus d’une douzaine d’entre eux ont figuré avec moi dans la parade de la Fierté gaie de Toronto», raconte-t-il.

6. Commencez dès aujourd’hui

«Nous cherchons souvent un manuel ou un plan de leçon pouvant montrer comment enseigner de façon inclusive. Toutefois, aucun programme-cadre en particulier ne convient à tout le monde», explique Ian Clark. Faites un geste à la fois : placardez une affiche qui dénonce l’intimidation homophobe; choisissez des livres diversifiés pour la bibliothèque; participez à la Journée en rose, journée internationale contre l’intimidation; demandez à l’administration de hisser le drapeau arc-en-ciel de la Fierté gaie; prêtez attention aux insultes et aux discours homophobes et appliquez une politique de tolérance zéro; invitez les élèves LGBTQ et leur famille (ou vos relations) dans votre salle de classe.

Consultez une page du livre de M. Parmer : il a apporté des «changements directs» au langage qu’il emploie tous les jours. «Je ne salue plus mes élèves en disant “bonjour les garçons et les filles” ou “bonjour mesdames et messieurs”. Je dis plutôt “bonjour tout le monde”. Je tiens davantage compte de l’utilisation correcte des pronoms et demande aux élèves d’indiquer leur pronom de choix. Cela leur donne l’occasion de m’informer de leurs préférences. Ainsi, j’espère qu’ils se sentiront mieux accueillis, mieux représentés et en sécurité dans notre salle de classe.»

Pour se renseigner davantage

Inscription

Reconnue par l’Ordre, la qualification additionnelle Enseignement aux élèves LGBTQ est offerte en ligne de manière saisonnière. Le cours met l’accent sur le respect des élèves LGBTQ en créant des milieux sécuritaires et des cours sur la façon de favoriser l’apprentissage inclusif. Ouvert aux pédagogues qui enseignent de la maternelle à la 12e année. Visitez oct-oeeo.ca/trouveruneQA.

Livrels

La bibliothèque Margaret-Wilson offre des livres numériques pratiques, notamment La francophonie dans toutes ses couleurs et les défis de l’inclusion scolaire. Visitez oct-oeeo.ca/bibliotheque.

Téléchargements

Consultez les documents suivants : Rapport final du projet Chaque prof sur l’éducation inclusive des personnes LGBTQ dans les écoles de la maternelle à la douzième année au Canada de la Manitoba Teachers’ Society, ainsi que Soutenir votre enfant de genre divers, un guide publié par Égale Canada s’adressant aux parents, aux tuteurs et aux aidants qui souhaitent soutenir leurs jeunes trans, intersexes, bispirituels ou de genre divers dans le système éducatif de l’Ontario. Visitez egale.ca.