Tendre la main aux enfants sourds du berceau au jardin d'enfants

Aider les familles à préparer leur enfant à apprendre représente un vrai défi lorsque son district préscolaire est toute la province.

de Tracy Morey

Les élèves de Lorraine Page sont en éducation préscolaire à Hawkesbury, à Hamilton et à Kapuskasing. «Nous venons tout juste de recevoir un appel de Trenton», annonce-t-elle. Un bébé vient alourdir sa charge de travail : 24 familles dans l'ensemble de la province.

«Je suis constamment sur la route», admet l'enseignante-conseillère, dont le bureau principal est à Sudbury, et le mandat est d'assurer le développement d'élèves francophones sourds et malentendants de la naissance à six ans. Mais son enthousiasme l'anime. «L'intervention précoce et la bonne méthode peuvent minimiser les effets de la surdité», affirme-t-elle.

Voilà dix ans qu'elle travaille au Centre Jules-Léger d'Ottawa. Celui-ci offre des services aux élèves francophones aveugles, sourds ou ayant des difficultés d'apprentissage graves, à leurs familles, ainsi qu'à 12 conseils scolaires francophones ontariens.

«Destiné aux sourds, ce programme permet aux parents de se renseigner sur le développement du langage, les stratégies de communication et les services offerts dans leur collectivité», explique Mme Page, dont le rôle est de les aider à se concentrer sur la nécessité pour l'enfant d'apprendre un langage, oral ou signé. Les parents apprennent des stratégies pour communiquer avec leur enfant et stimuler tous les aspects du langage choisi. Il est aussi indispensable, continue-t-elle, de les mettre en contact avec la communauté des sourds.

Former les parents
Elle fait également appel à des spécialistes et collabore avec la garderie de l'enfant. Elle organise des séances de formation pour les parents, les enseignants ou le personnel des organismes communautaires. La fin de semaine, les parents peuvent participer à des ateliers où ils apprennent des stratégies de communication par le jeu.

«Ma tâche est de renseigner, de former et d'aider l'enfant dans le cadre du système. La surdité n'est toujours pas acceptée», souligne-t-elle.

Son rôle bouscule l'idée voulant que la surdité soit un état à corriger. «Au centre, nous sommes plus ouverts à toutes les possibilités. Nous voyons d'abord l'enfant comme un enfant et misons sur ses nombreuses forces pour lui donner accès à un langage au lieu de gaspiller ce temps précieux sur ses difficultés.» Elle examine les méthodes qui pourraient convenir à la famille et à l'enfant.

Les mythes sur la surdité abondent encore, note-t-elle, et le langage des signes est toujours stigmatisé. «Nous devrions tous l'apprendre comme on apprend l'anglais langue seconde. Je ne communique pas parfaitement en LSQ, mais je suis persuadée que mes connaissances sont un atout en compagnie d'une personne sourde ou malentendante.» Enseigner aux sourds impose une adaptation continuelle des méthodes et du matériel pédagogiques, continue-t-elle.

Les stimuler à fond

Lorraine Page

L'enseignement d'un langage devrait être plus varié, assure Mme Page, qui dit avoir plus de succès en utilisant tous ses sens dans la communication avec les enfants. Dans un système scolaire reposant sur la communication orale ou verbale, pour la plupart des enseignants, s'attarder sur l'aspect visuel dans le cas d'un enfant qui a de la difficulté à entendre n'est pas évident. Les enseignants qui exploitent bien les aides et le langage visuels pour communiquer constatent chez leurs élèves «un renforcement de l'estime de soi, de la capacité de se détendre et d'apprendre».

Elle constate que «tant que les enfants ayant une perte d'ouïe se comportent bien, on a tendance à réduire nos attentes à leur sujet».

«Mais ce n'est pas tout. Il faut les stimuler à fond. L'enfant qui ne questionne pas n'exploite pas tout son potentiel.»

Née au Nouveau-Brunswick et diplômée de l'Université de Moncton, Mme Page a enseigné l'art ménager avant de se lancer en éducation de l'enfance en difficulté. Au milieu des années 80, ayant besoin d'un changement, elle accepte l'offre de son conseil scolaire : une année de formation chez les sourds. «Ce qui me plaît, me motive, avoue-t-elle, c'est le défi d'établir un contact réel avec un enfant, de travailler avec les parents et d'offrir des services dont les deux ont besoin. Les enfants sourds doivent absolument bénéficier de la même qualité d'enseignement que les autres enfants de la province.»

 

 

 

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