Yvonne Dufault Vincent Lam parle de Stephen Durnin
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Yvonne Dufault aime intégrer l’expérience personnelle des élèves et les événements de la vie courante au programme afin de rendre l’apprentissage aussi pertinent que possible. Elle anime des activités parascolaires bénévoles qui mettent en valeur le caractère des élèves. Elle les pousse à développer une conscience et une compassion universelles. Mme Dufault enseigne le français, l’éducation de l’enfance en difficulté et l’anglais langue seconde aux paliers élémentaire et secondaire, dans le York Region District School Board, depuis plus de 25 ans. Elle travaille à l’heure actuelle à l’école secondaire Langstaff de Richmond Hill, où elle enseigne un cours de base de français en 9e année et trois classes d’immersion en français (langue et littérature). Confiance et engagementAujourd’hui, le personnel enseignant doit souvent s’adapter aux styles d’apprentissage variés et aux besoins individuels des élèves. Yvonne Dufault sait qu’il est nécessaire d’employer de multiples approches pour éveiller l’intérêt de ses élèves; et enseigner le français dans une culture à prédominance anglophone ajoute un élément de difficulté. Elle veut que ses élèves voient que le français n’est pas seulement une matière scolaire, mais une langue pour jouer et faire des choses – bref, une langue vivante. Elle a donc travaillé avec ses élèves et des bibliothèques publiques de quartier pour mettre en place des programmes de français le samedi. Ces programmes, basés sur des activités musicales kinesthésiques, théâtrales, artisanales et narratives, permettent aux élèves d’intégrer le français de l’école au monde extérieur. Les jeunes enfants adorent ce genre d’activités. «Ils rentrent chez eux et apprennent les chansons à leurs amis et à leurs frères et sœurs.» Les plus âgés recueillent des fonds et s’adonnent à du bénévolat dans des rôles de leader. Technologie et discussionYvonne Dufault pense que les garçons en particulier ont souvent besoin d’une aide spéciale en français. «Les garçons ont tendance à être éliminés très jeunes des cours d’immersion en français, dit-elle. «C'est une de mes passions, en partie parce que mon fils a eu des problèmes avec la langue et la lecture», ajoute-t-elle. Elle a découvert que les jeux vidéo étaient un bon moyen de motiver les garçons et de renforcer leurs compétences linguistiques et leur confiance. Elle affiche maintenant un certain nombre de jeux intéractifs axés sur la grammaire dans son site web, et les élèves choisissent ceux qu’ils aiment. «Ils adorent ça. Avoir la bonne réponse, c'est comme gagner un prix.» Yvonne Dufault affirme que les recherches qu’elle a faites sur le fonctionnement du cerveau des garçons lui ont donné à penser que les jeux vidéo pouvaient permettre aux garçons les moins susceptibles de parler en classe de mieux se concentrer. Les jeux éveillent leur intérêt en les mettant à l’aise et en leur donnant confiance. Mme Dufault reconnaît qu’elle a de la chance, car tous ses élèves ont accès à un ordinateur et à l’internet chez eux. Elle affiche les leçons dans le site web de la classe. Les élèves peuvent faire leurs devoirs en ligne et les envoyer par courriel. Parents et élèves ont toujours accès au programme et aux activités de la classe. Cela veut dire que les élèves peuvent suivre ce qui se fait en classe, même s’ils doivent s’absenter.
Cette année, plusieurs élèves ont utilisé son tableau blanc interactif pour donner des présentations; d’autres ont utilisé la vidéo ou ont fait des entrevues par satellite durant la classe. Mais elle ne compte pas simplement sur l’attrait de la technologie pour renforcer la confiance et les compétences linguistiques des élèves; elle se sert de son expérience avec Toastmasters International pour leur enseigner l’art de parler en public, qu’elle considère comme un élément important de son répertoire. «Ils sont vraiment fascinés et sûrs d’eux quand on les encourage. Ils sont davantage prêts à prendre des risques quand ils voient leurs camarades faire la même chose. Être appréciés et applaudis par leurs pairs est très stimulant», explique-t-elle. «Mme Dufault n’est pas quelqu’un d’ordinaire, affirme Alexandra Russell, qui était dans sa classe de 11e année l’an dernier. «On apprend davantage avec elle. C'est toujours la participation qui compte, faire des présentations orales et s’amuser tout en apprenant.» Justice et souplesse«Je suis ferme, juste et cohérente. Mais je fais aussi preuve de souplesse, dit Yvonne Dufault, en résumant sa méthode avec les élèves. «Mon expérience m'a montré que ce ne sont ni les devoirs, ni les tests, ni les notes dont ils se souviendront, mais ce qu’ils ont ressenti au fond d’eux-mêmes. C'est l’espoir que nous leur insufflons pour qu’ils réalisent leurs rêves et explorent les limites du possible. C'est cela qu’ils garderont en eux pour toujours. Et c'est ce qui est le plus important à mes yeux. Ils savent que je les aime vraiment.» Elle fait souvent référence à l’idée de «parler avec son cœur» et dit que cette valeur qui la guide vient de son étude de la culture et des traditions autochtones. Elle fait partager cet intérêt à ses élèves et a invité Mid-Day Star, mentor, ancien combattant de la guerre de Corée et aîné ojibway, à raconter les enseignements des sept grands-pères avec des centaines de ses élèves, au fil des années. «Il disait que notre pouvoir le plus grand, c'est d’être capable de changer la manière de penser des gens, sans les forcer, de sorte que, tel l’aigle planant dans le ciel, ils peuvent mieux voir l’horizon tout en appréciant les détails.» Mid-Day Star a rendu visite à sa classe de 8e année de l’école William Berczy, à Unionville, en 1997. «Il faisait chaud dans la salle de classe portative, et nous sommes sortis pour écouter les histoires sur les enseignements et le regarder, tenant respectueusement son bâton de l’aigle.» Au grand étonnement de tous, quatre faucons se sont mis à décrire des cercles dans le ciel pendant les 90 minutes que dura l’exposé de l’aîné autochtone. Quand elle retrouve ses anciens élèves qui étaient présents ce jour-là, ils lui demandent souvent : «Vous souvenez-vous du jour où les oiseaux sont venus?»
Positivité«Quand les élèves comprennent qu’ils ont tout à gagner à prendre leurs responsabilités aussi bien que de défendre leurs droits, apprendre devient plus facile, et au bout du compte, ils apprennent à être des membres de la société plus heureux et plus productifs.» Yvonne Dufault a commencé à faire participer ses élèves dans des programmes de bénévolat au début des années 1990. Le groupe Dancers for Harmony rassemblait certains de ses élèves, anciens et nouveaux, des écoles Doncrest, William Berczy, Langstaff et Bayview. Ils dansaient lors d’événements pour promouvoir le respect de l’environnement et l’harmonie entre les races, faisaient campagne pour recueillir des dons et du bénévolat pour des organismes communautaires qui s’occupaient d’enfants et de familles dans le besoin. Ce groupe est devenu Kids Who Care, puis Teens Who Care et Les Jeunes Altruistes. Mme Dufault affirme que les jeunes ont besoin de sens dans leur vie. Et puisque les élèves doivent effectuer 40 heures de service communautaire avant de pouvoir obtenir leur diplôme d’études secondaires, elle leur demande : «Voulez-vous effectuer vos 40 heures point final ou voulez-vous vous engager davantage, vous amuser et vraiment changer les choses?» Les élèves de l’école secondaire Pierre Elliot Trudeau de Markham voulaient en faire davantage, et pour les aider, elle a mis sur pied le Club octagone en septembre 2002. Ce club bilingue encourage les élèves d’immersion à faire du bénévolat tout en parlant français. «Nos élèves apprennent beaucoup plus de qui nous sommes que de ce que nous professons. Pour moi, le plus important, c'est d’aider les élèves à donner l’exemple. Si nous n’avons pas touché les cœurs, nous avons manqué notre but.» Il semble qu’Yvonne Dufault n’ait pas manqué le sien. PrixEn octobre 2006, Yvonne Dufault a reçu le Prix de l’excellence en enseignement décerné par le Régime d’assurance des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (RAEO). En novembre, elle a reçu le prix McGillivray de l’association Canadian Parents for French, section régionale de l’Ontario, en reconnaissance de son travail exceptionnel pour promouvoir le français langue seconde. Prix du RAEOLes prix du RAEO sont annoncés chaque année au cours de la Journée mondiale des enseignantes et des enseignants. Ils sont organisés par le Régime d’assurance des enseignantes et des enseignants de l’Ontario et sont administrés par la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Ils récompensent les enseignants qui utilisent des méthodes novatrices, éveillent le goût d’apprendre des élèves et les font participer, reflètent l’héritage multiethnique de l’Ontario et encouragent l’utilisation créative de la technologie dans la classe, entre autres critères. Pour en savoir plus ou pour proposer le nom d’un enseignant, visitez www.teachingawards.ca. Prix W.R. McGillivrayEn mémoire de Russ McGillivray, surintendant au Carleton Board of Education qui privilégiait une éducation bilingue, le Prix W.R. McGillivray est décerné par l’association ontarienne Canadian Parents for French. Ce prix récompense des initiatives de leadership et l’attachement au développement du français langue seconde des personnes en position d’autorité dans les conseils scolaires de l’Ontario. Administrateurs, conseillers, coordonnateurs, directeurs d’école, directeurs adjoints et chefs de service sont admissibles. Pour de plus amples renseignements sur la section régionale de l’Ontario de Canadian Parents for French, visitez www.cpfont.on.ca. Cliquez sur la rubrique CPF Awards pour en savoir plus sur les prix. La date limite de mise en candidature est en août. |