Une journée dans la vie...

Peter Banhan, Toronto

Amesbury Middle School
Conseil scolaire de district de Toronto
6e année, éducation physique
Certifié en 1996
Faculté d’éducation, Université York
de Beatrice Schriever

Des enfants en chemise blanche et pantalon noir se trouvent déjà devant la porte d’entrée quand Peter Banhan arrive à l’Amesbury Middle School peu après 8 h. Il se dirige vers la porte. Des centaines de colombes en papier sont collées au mur du vestibule - poèmes et messages sur les attaques terroristes survenus aux États-Unis la semaine d’avant.

«Habituellement, les enseignants ont un délai de grâce d’environ deux semaines au début de l’année, dit-il, tout spécialement dans une école intermédiaire. Les enfants arrivent dans une nouvelle école et ils veulent plaire. Mais pas cette année. Et je ne sais pas pourquoi.»

Banhan s’arrête brièvement dans le bureau, puis se dirige vers la classe 107 où il enseigne à la 6e année. Il allume les lumières, salue son collègue d’en face et consulte sa partenaire Nicky Arrindell avec qui il coenseigne à 56 élèves. Ils parlent avec calme de la journée qui s’amorce : une leçon sur la ponctuation et un exercice en écriture, une introduction au manuel des sciences sociales, l’éducation physique, un test en mathématiques et un cours de sciences sur le vol.

Presque tous les élèves d’Amesbury proviennent de six écoles desservant des immeubles à appartements et des logements à loyer modique. Ces familles sont issues de la diaspora africaine, des Caraïbes, de l’est asiatique ou d’Amérique du Sud. Ici, la plupart des 527 enfants ne parlent pas anglais à la maison, même s’ils sont nés au Canada.

L’école a été construite au début des années 50 et en a tous les airs. Les classes 6A et 6B partagent une pièce double qui a connu des jours meilleurs. Une fenêtre brisée est retenue avec du contreplaqué; les autres sont couvertes de stores vénitiens vétustes. La pièce du côté de Banhan compte des tables rondes et des chaises pourpres. Un téléviseur et deux vieux rétroprojecteurs sur pied reposent contre les fenêtres. Deux ordinateurs se trouvent près de la porte double.

La cloche sonne. Les élèves se rendent bruyamment à leur casier puis en classe. Debout à la porte de la classe, Banhan fait la rencontre inattendue d’un parent dont le fils a pris du retard récemment. La mère croit qu’il a fait ses devoirs. Le garçon se joint à la conversation et Banhan est très clair quant à ses attentes.

Les deux classes s’assemblent et Banhan enseigne la leçon sur l’usage correct de la virgule et des deux-points. Arrindell pose une question : «Quel numéro porte Michael Jordan?» Les mains se soulèvent et elle passe du chandail de la vedette de basket-ball à ses coordonnées et à ses qualités propres. Le devoir consiste à écrire des phrases intéressantes et bien ponctuées sur eux-mêmes sur des t-shirts en papier de construction. L’idée plaît. Le bruit en témoigne.

Une fille au fond de la classe semble perdue. Banhan s’approche de son bureau, écoute attentivement et mentionne une vedette internationale de cricket. Cette proposition la séduit davantage, mais elle n’est pas complètement convaincue.

À 10 h 30, rien n’est fini, mais les élèves sont interrompus par le Ô Canada et les annonces.

Après, Banhan passe un savon à quatre garçons dont le comportement, à son avis, était «tout à fait dégoûtant». Une fille qui avait saigné du nez plus tôt ce matin revient prendre ses affaires; sa mère lui a donné la permission de revenir à la maison à nouveau. Les enfants se précipitent vers une autre classe et Banhan dispose de 50 minutes pour préparer le test de math de l’après-midi et parler de son travail.

Peter Banhan enseigne depuis sept ans. C’est sa femme Wendy, une enseignante elle aussi, qui l’a incité à se joindre à la profession. «J’avais travaillé avec des enfants dans les terrains de jeux et elle m’a encouragé à faire une demande d’admission à la faculté. J’ai essayé et j’ai beaucoup aimé», précise-t-il.

Il prend plaisir à enseigner, mais se passerait volontiers des tâches administratives qui s’y rattachent, comme l’affectation des casiers et la collecte de fonds. Les procédures administratives de l’école ont changé cette année parce que les deux membres de la direction ont changé. «L’administration représente un facteur important dans la satisfaction que l’on retire de son travail. ça peut devenir intimidant», ajoute-t-il.

L’an dernier, Banhan faisait une recherche sur des techniques en apprentissage coopératif, et le coenseignement a piqué sa curiosité. Avec l’appui de la direction, il a approché Arrindell qui en était à ses premières armes en enseignement. Tour à tour, ils dispensent l’enseignement en donnant les directives dans le moins de temps possible pour consacrer plus de temps aux activités de groupe.

«Ma relation avec Nicky a changé. L’an dernier, j’agissais comme mentor. Maintenant, nous travaillons en partenariat, dit Banhan. Il faut bien connaître l’autre pour bien coenseigner.»

Ils sont les premiers à admettre qu’ils peuvent encore s’améliorer.

À 11 h 20, Banhan se dirige vers le gymnase. Un groupe encore plus imposant d’élèves entrent et sortent des vestiaires. La classe est triple. Aujourd’hui, étant donné que le temps est doux, ils vont courir dehors. «Ils devraient avoir de l’éducation physique chaque jour, ajoute Banhan, pour brûler une partie de cette énergie d’enfant de 11 ans.»

Dans la salle du personnel le midi, Banhan et Arrindell parlent avec leurs amis et jettent un regard envieux sur une brochure invitante qui vante les voyages spécialisés pour les élèves immigrants. Ils passent quand même la majeure partie du temps à parler de ce qui s’est passé le matin. Deux des élèves peuvent à peine écrire; une autre a pu seulement écrire «Je suis gentille et jolie à peau douce». Banhan suggère de consulter le dossier scolaire de l’Ontario de ces élèves.

Moins de trois semaines après le début de l’année scolaire, Banhan a repéré les élèves à problèmes : le garçon qui n’arrive pas à se calmer, la fille qui saigne toujours du nez, une autre au fond de la classe qui pourrait avoir besoin d’un test en anglais langue seconde, les quatre garçons qui se fichent de tout depuis le début et qui ont fait une scène ce matin.

Il avance la théorie que le problème à la source de ces situations tient dans le fait que ces élèves ne peuvent pas vraiment lire. Il prévoit donc évaluer leur compétence en lecture et en écriture. Si les soupçons de Banhan et Arrindell s’avèrent justes, ils devront modifier le programme, peut-être même mettre de côté les sciences sociales pour quelques-uns et se concentrer plutôt sur l’apprentissage de la lecture. De l’aide extérieure? Des ressources extrascolaires? Faut pas rêver.

Après le lunch, les élèves de 6A et 6B se préparent à passer un test de math. Il y a deux ans, Banhan a conçu des tests de math pour tous les élèves de 6e année de l’école. Il a étudié le curriculum, déterminé des attentes pour les unités d’enseignement et préparé des tests à administrer avant et après chaque unité. Aujourd’hui, les élèves font le test de la fin de l’unité; demain, ils feront le test du début de la prochaine unité. Ils se concentrent dans le calme.

Pendant qu’il supervise, Banhan inscrit le nom des faibles en lecture dans son calepin.

À 14 h 20, il ramasse les tests et, avec Arrindell, enseigne une leçon de sciences sur le vol. Cette activité est très animée et les élèves écoutent avec enthousiasme.

Pour terminer la journée, ils arrêtent tout et lisent pendant 20 minutes. Habituellement, les élèves lisent en silence. Aujourd’hui, toutefois, Arrindell lit à voix haute. En liant les commentaires des enfants sur Michael Jordan et leur comportement dans la classe d’éducation physique, elle conte une histoire sur l’esprit sportif tirée de Chicken Soup for the Sports Fan’s Soul. Un journaliste sportif blasé apprend une touchante leçon de la part de son fils de 18 ans, un lutteur compétitif. Les enfants sont subjugués.

La cloche sonne et les enfants sortent aussitôt. Tout le personnel enseignant patrouille les corridors en souhaitant bonne fin de journée à leurs élèves et en les encourageant à se rendre directement à la maison.

Vers 15 h 20, l’école a retrouvé son calme et le personnel entre dans la classe de Banhan pour regarder CNN.

Banhan et Arrindell s’assoient à leur bureau pour exprimer leurs frustrations sur la journée et se préparer à demain. Ils doivent repousser les leçons de demain n’ayant pas été en mesure d’en faire assez aujourd’hui. Ils se partageront la correction du test de math, mais pas pour ce soir.

Plus tard, Banhan réfléchit aux difficultés en lecture et en écriture de ses élèves. «J’ai compté 14 lecteurs extrêmement lents dans ces deux classes, affirme-t-il. Même les math se fondent sur des mots. Ce n’est pas que l’arithmétique. Pendant le test aujourd’hui, j’ai remarqué que ces mêmes élèves n’avaient pas réussi à répondre à certaines questions.»

La semaine prochaine, le personnel enseignant de 6e année d’Amesbury se rencontrera pour organiser l’évaluation des élèves dont les notions de base sont faibles. À l’aide d’un texte américain pratique, Informal Reading Inventory, ils tiendront trois séances après l’école pour faire la collecte de données de base. «Ensuite, je veux que mes élèves s’améliorent d’au moins deux années d’études», annonce Banhan.

Il semble constamment réfléchir, remettre en question, évaluer, tout en sachant que sa classe devra passer les tests de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation en mai.

«Je ne peux comprendre comment des élèves peuvent passer d’une année à l’autre sans pouvoir lire», ajoute-t-il. Banhan croit que nous sommes devenus une société orale et sait que bon nombre de ses élèves ne lisent pas à la maison, dans aucune langue. Il aimerait que les livres occupent une part plus importante de la vie de ses élèves.

Pourtant, il ajoute : «Le système scolaire porte aussi un fardeau. On n’enseigne pas aux enseignants comment enseigner la lecture. Les facultés font semblant et les conseils scolaires s’attendent à ce que leurs enseignants prennent des cours sur la façon d’enseigner la lecture à leur propre compte.» Pour lui, le manque d’argent n’est pas la question.

Il est 16 h. Au moment de sortir de l’école, il pleut abondamment. Enfin, vaut mieux la pluie maintenant qu’à 11 h 20 pendant la triple classe d’éducation physique.

Peter Banhan
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