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Itinéraires d'étudesAider les élèves à préparer leur avenir |
de Leanne Miller Quelle est la destination de prédilection des diplômés du secondaire? Si, comme bien d'autres, vous pensez que c'est le collège ou l'université, vous faites erreur. Seulement la moitié environ de nos élèves se dirigent vers le collège ou l'université; le reste intègre directement le marché du travail, avec ou sans diplôme ou certificat. Même si les parents, les éducateurs et les élèves eux-mêmes ne considèrent pas le marché du travail comme une destination de choix, nous constatons peut-être un changement de paradigme. Il semblerait en effet que la société commence à valoriser le monde du travail comme une option postsecondaire valable. De surcroît, le milieu des affaires et le monde de l'éducation unissent de plus en plus leurs efforts afin de bien préparer les élèves à cet avenir. En 2002, après avoir analysé les résultats des examens de lecture et d'écriture de 10e année, ainsi que la hausse du taux de décrochage, le ministère de l'Éducation a demandé un rapport sur les élèves à risque. Barry O'Connor, directeur du conseil de Limestone, a été nommé président du Groupe de travail sur les élèves à risque. Son rapport a révélé qu'environ 25 % des élèves risquaient de ne pas terminer leurs études secondaires, et présentait une série de recommandations (www.edu.gov.on.ca/fre/document/reports/atrisk). Le Ministère a mis sur pied trois groupes d'experts : l'un sur l'aptitude à lire et à écrire, l'autre sur l'aptitude à compter et le troisième sur les itinéraires d'études. Le premier groupe d'experts a présenté son rapport et son plan d'action en octobre 2003 (voir «Les compétences linguistiques», décembre 2003). Le rapport du deuxième groupe d'experts est attendu ce printemps. Quant au troisième groupe d'experts, il a été chargé de «suivre les itinéraires des élèves considérés à risque alors qu'elles ou ils progressent dans leurs études secondaires et entament les premières étapes d'une carrière». Dans son rapport intitulé Itinéraires favorisant la réussite, le groupe de travail demande une «re-culturation» marquée des perceptions que le milieu de l'éducation et la société ont de l'objet et des buts ultimes de l'éducation, en insistant sur le fait que les éducateurs, les élèves et les parents doivent considérer le marché du travail comme une destination postsecondaire réaliste, valorisante et importante. Le rapport explique que les itinéraires d'études désignent non seulement la combinaison des cours et des mesures de soutien qui constituent le programme éducatif des élèves, mais également l'objectif qui sous-tend leurs choix de cours. Il recommande que les élèves évaluent de façon réaliste leurs habiletés, leurs intérêts et leurs valeurs, et les comparent à leurs aspirations personnelles avant de choisir un programme. Cette évaluation devrait se faire dès l'élémentaire et se poursuivre au fil du développement des élèves. Le rapport recommande également que les programmes soient assez souples pour tenir compte de ces changements. Conclusions de recherches importantesEn 2002, le Ministère a demandé à Alan King de la Faculté d'éducation de l'Université Queen's de se pencher sur la double cohorte en Ontario. Les recherches de M. King ont orienté les travaux des trois groupes d'experts. Le sondage mené par M. King auprès d'élèves de 10e année a révélé que :
M. King a conclu que «pour plusieurs élèves, il y a un décalage marqué entre leurs attentes quant à ce que l'école leur permettra de faire et ce qu'elles ou ils feront effectivement, décalage dont témoignent leurs choix de cours. Si les élèves visent des destinations et choisissent des cours qui ne sont pas compatibles avec leurs connaissances, leurs habiletés et leurs intérêts, elles ou ils ne se mettent pas dans une situation propice à la réussite. On pourrait conclure que c'est la nature du programme éducatif, et non le niveau d'aptitude de l'élève, qui crée le risque». Une enquête menée par le conseil scolaire de Toronto confirme les statistiques de M. King, soit qu'environ 20 % des élèves sont considérés à risque parce qu'ils quittent l'école avant d'avoir terminé leurs études tandis que 50 % obtiennent leur diplôme et intègrent le marché du travail et 30 % vont au collège ou à l'université. Dans sa réponse à l'enquête, Bernadette Shaw, directrice adjointe du Marc Garneau Collegiate Institute de Toronto, a soutenu que les itinéraires d'études constituaient une priorité pour son école. Changement de perception et re-culturationDavid Armstrong, président du Groupe de travail sur les itinéraires d'études et directeur du conseil scolaire de Bluewater, explique le principal défi du rapport : «Nous devons changer les perceptions et valoriser le marché du travail comme destination postsecondaire. C'est faire abstraction des intérêts, aptitudes et choix d'une majorité de nos élèves que de penser que le collège ou l'université constitue la destination la plus souhaitable. Les itinéraires d'études choisis par les élèves à risque et les carrières qui leur sont ouvertes doivent être reconnus comme ayant autant de valeur que les choix et les carrières des autres élèves.» Le rapport conclut en précisant que nous devons examiner ce qu'on entend par soutenir les élèves à risque. Ces élèves ont besoin d'itinéraires conformes à leurs styles d'apprentissage et à leurs points forts et non pas d'itinéraires qui les enjoignent à simplement suivre leurs camarades. Les élèves et leurs parents doivent considérer leurs cours et leurs programmes comme des moyens valables et crédibles d'atteindre des objectifs éducationnels qui correspondent bien à leurs buts dans la vie, et non comme une voie de garage. Re-culturation du système d'éducation
Changer les mentalités est un défi à la fois stimulant et complexe. Depuis la publication du rapport, les éducateurs repensent ce que signifient l'école et l'enseignement. Pour faire avancer les choses, Carlos Sousa, l'un des membres du Groupe de travail et coordonnateur du Programme d'apprentissage pour les jeunes de l'Ontario au conseil scolaire catholique de Toronto, et sa collègue Tish Amico ont animé un atelier au Marc Garneau Collegiate en novembre. Cet atelier mettait l'accent sur les moyens de faire du marché du travail une destination postsecondaire valable et de favoriser l'inclusion et la valorisation des élèves et de leur destination. M. Sousa et Mme Amico ont bien montré comment les éducateurs renforcent involontairement la hiérarchie inappropriée et dommageable des destinations. Ils ont examiné les bulletins d'information de différentes écoles qui publient la liste des élèves acceptés au collège ou à l'université, mais non de ceux qui ont décroché un emploi après leurs études. Ils ont également attiré l'attention sur les bureaux des services étudiants où l'on retrouve une mine de renseignements sur les établissements d'enseignement postsecondaire mais rien, ou presque, sur la formation d'apprentis et les autres possibilités d'intégrer le marché du travail après le secondaire. Les présentateurs ont conclu que les écoles font croire aux élèves que le collège et l'université sont les destinations à privilégier, même si elles n'attirent qu'une minorité. Re-culturation du privéLes attitudes, les croyances et les valeurs doivent continuer de changer chez les partenaires du monde des affaires, même si certains changements ont déjà eu lieu, grâce à d'autres transformations qu'a subies le milieu de l'éducation. «Avant, c'était surtout les élèves qui choisissaient d'aller au collège ou à l'université qui suivaient les programmes d'éducation coopérative. Maintenant, comme ils ont seulement quatre ans pour terminer leurs études, beaucoup n'ont pas le temps. Ce sont plutôt les élèves à risque et ceux des cours appliqués qui suivent maintenant ces programmes, et les employeurs y trouvent leur compte», déclare David Armstrong. «Ces jeunes veulent explorer le marché du travail parce que beaucoup commenceront à travailler immédiatement après l'école, et certains employeurs les aident à faire la transition.» M. Armstrong souligne que le vieillissement de la population contribuera également au succès de cette initiative. «Un grand nombre de travailleurs spécialisés, comme ceux qui travaillent dans des industries essentielles en plein essor telle la construction, sont sur le point de prendre leur retraite. Beaucoup d'entreprises et de syndicats progressifs veulent s'engager dans les programmes de transition afin d'obtenir les meilleurs travailleurs de remplacement possible. Des partenariats utiles entre l'industrie et le monde de l'éducation peuvent préparer les élèves au monde du travail et nous aider à faire en sorte que les activités en classe et les expériences de travail soient réalistes et utiles.» Dudley Briggs, consultant de l'industrie de la construction, croit que pour assurer l'efficacité du modèle, il faut tenir compte des intérêts des personnes concernées. Il souligne qu'il faudra revoir les normes d'emploi provinciales, les questions de santé et de sécurité au travail, les compétences des syndicats, les assurances de responsabilité civile, la responsabilité en cas d'accidents et la nécessité d'instaurer des normes de supervision plus strictes. «La formation des élèves est également une question importante. Dans les programmes d'éducation coopérative, les élèves travaillent pendant leurs études. Puisque les travailleurs participent à leur formation, leur capacité à enseigner doit donc être examinée.» Changements dans la classeSelon M. Sousa, des équipes d'enseignants partout en Ontario élaborent des itinéraires d'études qui satisfont aux attentes du curriculum et des évaluations, et faciliteront la transition. Les éducateurs collaborent également avec les partenaires du monde des affaires et de la collectivité pour élaborer des activités qui enseigneront et évalueront les connaissances et les compétences que les élèves devront posséder pour réussir sur le marché du travail. Une attention particulière est accordée aux industries où les élèves peuvent travailler directement après leurs études secondaires : tourisme, industrie de l'accueil et de la restauration, soins personnels (esthétique, coiffure), imprimerie, construction et entretien automobile.
Certains programmes comme Service soigné (vente et service responsable d'alcool), Heartsaver First Aid et le Système d'information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT) permettront aux élèves d'acquérir une accréditation reconnue par l'industrie dans des secteurs reliés à leurs destinations professionnelles. Par exemple, pendant leurs études secondaires, les élèves intéressés à l'industrie de l'accueil peuvent acquérir les certificats qui leur permettront d'accroître leurs chances d'obtenir un emploi. Un nouvel itinéraire d'études a été lancé cette année dans le district de Bluewater. À Kincardine, des élèves à risque, dont beaucoup avaient des problèmes d'absentéisme et s'intéressaient peu à l'école, suivent avec enthousiasme un programme de maçonnerie soutenu par une entreprise locale et enseigné par un maçon qualifié. Selon M. Armstrong, «c'est la première fois que beaucoup de ces élèves sont enthousiasmés par l'école et qu'ils acquièrent en même temps des compétences qu'ils utiliseront sur le marché du travail l'an prochain». M. Armstrong attend avec impatience le jour où les gens de métier et les éducateurs travailleront de pair, tant en classe que sur le lieu de travail, pour préparer les élèves à intégrer le marché du travail. «Il faut se rendre à l'évidence : il est révolu le temps où seuls les enseignants pouvaient enseigner.» Un avenir prometteurM. Armstrong explique pourquoi il est à la fois excité et confiant que ces initiatives fonctionneront. «Ce qui est différent, c'est le sentiment d'urgence, tant dans le milieu de l'éducation que dans le monde des affaires. Même si 30 % des élèves du secondaire risquent de ne pas terminer leurs études, les entreprises où l'on trouve des emplois qui n'exigent pas de qualifications postsecondaires ont besoin de travailleurs. Si les éducateurs peuvent collaborer avec ces entreprises pour façonner les compétences et les connaissances que leurs élèves acquerront, tant mieux!» M. Sousa souligne les nombreux défis qu'il faudra relever pour changer les mentalités, notamment repenser ce que signifie être un éducateur et redéfinir la réussite scolaire. «Néanmoins, je suis convaincu que les éducateurs répondront avec enthousiasme et passion, dit-il. Nos écoles doivent s'ouvrir sur le monde extérieur.» Le temps dira si le paradigme changera réellement, mais la volonté, la
créativité et la volonté de faire des changements significatifs sont présentes,
et c'est un excellent point de départ.
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