Courrier des lecteurs

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Enseigner durant la retraite

Le pour et le contre

On ne devrait jamais critiquer ni culpabiliser les enseignants qui continuent d’enseigner après la retraite pendant que de nombreux jeunes pédagogues cherchent désespérément un emploi (Rente généreuse, septembre 2011). Le système le permet et l’encourage même, et les décisions personnelles, incluant celle de prendre sa retraite, sont prises en connaissance de cause et en fonction des circonstances individuelles. Néanmoins, il existe un problème dans le système, un problème qui nuit grandement à de nombreux jeunes enseignants intelligents, motivés et pleins d’énergie qui terminent leurs études.

J’ai parlé à d’anciens étudiants, des personnes dévouées et capables, qui ont reçu une formation complète en enseignement, mais qui n’arrivent pas à franchir cette première étape essentielle qu’est l’inscription sur la liste de suppléance trop bien remplie d’un conseil scolaire. D’autres sont inscrits sur la liste et font de la suppléance, mais pas assez souvent pour gagner décemment leur vie. Le point à retenir est que la suppléance peut fournir des revenus supplémentaires à une personne qui touche déjà une rente (généreuse ou non), mais qu’elle est absolument essentielle à tout jeune enseignant pour qui elle représente l’unique source de revenus.

Les conseils scolaires ont différentes politiques et, bien que certains offrent du travail aux suppléants inscrits sur une liste principale avant d’appeler des enseignants à la retraite, d’autres ne font pas cette distinction. De plus, les écoles, et même les enseignants, peuvent ne pas tenir compte de ces listes en demandant une personne en particulier.

Encore une fois, on ne peut blâmer une école qui préfère avoir recours aux services d’une chef de section qui a pris sa retraite l’année précédente plutôt qu’à un jeune pédagogue inconnu. Cela est dans le meilleur intérêt des élèves. On ne peut prétendre que la cible n’a pas été ratée, que le débat concerne plus qu’une personne à la retraite ou une classe d’élèves. Les élèves de l’Ontario, notre système éducatif, même le Régime de retraite des enseignants de l’Ontario et nous tous, collectivement, avons besoin de ces nouveaux enseignants jeunes, brillants et enthousiastes.

Évidemment, j’en connais qui ont eu de la chance et qui ont pu, après avoir fait de la suppléance, décrocher un poste de suppléance à long terme ou un contrat. Mais, souvent, la clé était d’abord d’obtenir du travail régulièrement. Les changements récemment apportés au nombre de jours pendant lesquels les retraités peuvent enseigner rendront probablement la situation encore plus difficile pour les enseignants en début de carrière.

Il s’agit d’un problème systémique sur lequel doit se pencher le Ministère, les établissements de formation, les conseils scolaires et, je me permets d’ajouter, l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. On ne peut tout simplement nier qu’un problème existe.

John Caryl, EAO, est un enseignant au secondaire retraité qui a enseigné l’anglais à Orillia pour le Simcoe County District School Board.


Faisons un compromis

J’ai pris ma retraite de l’enseignement en 2007 et j’entends souvent les arguments des suppléants selon lesquels les enseignants à la retraite privent les nouveaux suppléants et les suppléants à long terme du travail dont ils ont besoin pour vivre, comme on pouvait lire dans la lettre Cible ratée (juin 2011). Je suis bien d’accord pour dire que pour tous les enseignants, en particulier ceux qui viennent de terminer leurs études, acquérir de l’expérience en salle de classe et côtoyer les administrateurs est essentiel pour obtenir du travail à temps plein. Cependant, la suppléance est ce qu’elle est : un travail occasionnel et non à temps plein.

J’ai décidé de prendre ma retraite à 57 ans, mais j’aurais pu continuer d’enseigner jusqu’à 65 ans, et même plus longtemps. Bon nombre de mes collègues ont également pris une retraite anticipée. Cela signifie, dans mon cas, qu’une personne a décroché un poste à temps plein au moins huit ans plus tôt que si j’avais conservé mon poste jusqu’à 65 ans.

Dans d’autres professions, tant dans le secteur privé que public, les travailleurs peuvent choisir de réduire leurs heures de travail ou on leur demande de continuer de travailler un nombre d’heures restreint. De plus, l’Ordre a clarifié et raffiné la définition du terme «bénévolat», ce qui a augmenté les possibilités de suppléance. On doit également s’intéresser au nombre de places disponibles pour les futurs enseignants dans les établissements de formation en Ontario. Bien qu’on ait récemment ajusté le nombre de places disponibles dans les établissements de l’Ontario, il semble que la grande question est d’établir des critères pour ceux et celles qui choisissent de terminer leurs études dans des collèges et universités à l’étranger.

Affirmer que les retraités sont clairement responsables du nombre limité de postes de suppléance ne tient pas compte de la situation dans son ensemble. Les enseignantes et enseignants à la retraite constituent une ressource précieuse et peuvent être utiles dans bien des circonstances. Que diriez-vous d’un programme de mentorat pour les nouveaux enseignants à temps plein ou suppléants pour tirer parti de l’expérience des enseignants à la retraite? Au lieu d’accorder un traitement «préférentiel» à un groupe ou à l’autre, il serait dans le meilleur intérêt de tous d’essayer de satisfaire les deux groupes. La limite de 50 jours d’enseignement représente un tel compromis.

Michael A. Cosentino, EAO, était, avant de prendre sa retraite, enseignant de sciences sociales et enseignant-ressources en éducation de l’enfance en difficulté à la Loyola Catholic Secondary School du Dufferin-Peel Catholic District School Board.


Qui blâmer?

Bien que nous soyons tous conscients qu’il y a bien plus de nouveaux étudiants en enseignement qu’il y a de postes à combler, je crois que les suppléants devraient faire très attention avant de critiquer leurs collègues, c’est-à-dire les enseignantes et enseignants à la retraite qui font de la suppléance pour augmenter leurs revenus, comme on peut le lire dans la lettre «Rente généreuse» (septembre 2011). Un jour, dans vingt ou trente ans, ces nouveaux pédagogues pourraient se retrouver dans la même situation.

On ne sait jamais quels défis et obstacles la vie nous réserve. Il est inacceptable qu’un suppléant émette publiquement des commentaires sur la «généreuse rente» de ses collègues, car dans les faits, il ignore tout de cette rente et, de toute manière, ce n’est l’affaire de personne. Pour autant que nous le sachions, les enseignants prennent une retraite anticipée, sont pénalisés et essaient d’augmenter leurs revenus tout en libérant des postes à temps plein pour des nouveaux enseignants.

Nous devons également garder à l’esprit qu’avoir l’autorisation d’enseigner ne garantit pas un emploi. Si les étudiants choisissent d’exercer une profession en sachant qu’il y a peu de postes disponibles, ils doivent attendre et en payer le prix. La plupart des gens au Canada prennent leur retraite entre 60 et 65 ans. Pourquoi devrait-on s’attendre à ce que les enseignants arrêtent de travailler plus tôt?

Krista Doody, EAO, est enseignante de français langue seconde de la 4e à la 8e année à l’école Prince of Wales du Hamilton-Wentworth District School Board.


Ressources canadiennes

Depuis le début de ma carrière en enseignement, je défends les idéaux de l’apprentissage basé sur l’exploration et de l’apprentissage fondé sur la réalisation de projets. En fait, je me suis tellement approprié ces concepts que j’ai lancé mon propre blogue sur le sujet inquirylearning.ca. Votre article Élèves motivés, enseignants engagés, paru dans la rubrique Échos de la profession de septembre 2011, a fait renaître mon optimisme. Les pédagogues de l’Ontario disposent de ce qu’il faut pour recourir à l’apprentissage basé sur l’exploration et profiter de tous les avantages qu’il procure.

Jusqu’à ce que je lise votre article, la majorité de la rétroaction et des ressources affichées dans mon blogue provenaient de sources non canadiennes. Comparativement à ce qui se passe ailleurs, on a écrit très peu sur le sujet au Canada. J’ai eu beaucoup de plaisir à naviguer dans le site canadien de conception fort créative, naturalcuriosity.ca. Ce site ne fait pas que la promotion des études environnementales; il les présente comme étant le chemin que nous devons emprunter.

Lorraine Chiarotto, EAO, a entièrement raison quand elle dit que le plus difficile pour les pédagogues concernant l’apprentissage basé sur l’exploration, c’est d’être moins rigide. Mais une fois cet obstacle franchi, les possibilités sont infinies. Les élèves sont tellement absorbés par l’activité d’apprentissage qu’ils ne peuvent s’empêcher d’exprimer leur contrariété quand la cloche signalant la fin du cours les interrompt. Chaque pédagogue de la province devrait prendre le temps de consulter le site web Natural Curiosity et d’utiliser ce qu’il renferme le plus possible. Il s’agit là d’une excellente ressource canadienne.

Chuck Stoffle, EAO, suppléant pour le Greater Essex County District School Board.