Imagination et créativité dans la formation et la pratique
de Leanne Miller, EAO
«Nous faisons passer tous ces enfants dans l’usine de l’éducation, mais ils n’ont aucune pensée créative. Ils ne sont pas capables d’innover, de travailler en équipe ni de communiquer de façon appropriée.»
C’est ce qu’affirme Ken Robinson, penseur et conférencier de premier plan dans le domaine de la créativité et de l’innovation.
Cet ancien professeur de l’Université Warwick estime que «nous avons un besoin urgent de personnes qui peuvent contribuer au changement et à l’innovation. Il en est de même pour les enseignantes et enseignants... la formation à l’enseignement doit être novatrice et inspirer les pédagogues, car on fait un meilleur travail quand on aime ce que l’on fait.»
Un groupe de professeurs de l’école des sciences de l’éducation Schulich de l’Université Nipissing a pris certaines des idées intéressantes de Ken Robinson pour en faire des techniques d’enseignement pratiques. Blaine Hatt, Liz Ashworth et Rob Graham ont trouvé ces idées si intéressantes qu’ils les ont regroupées sous le concept ICE, ou Imagination et Créativité en Éducation.
Le concept ICE est la base d’un nouveau cours multidisciplinaire que Blaine Hatt, qui possède de l’expérience en enseignement de l’anglais, Liz Ashworth, enseignante d’arts visuels, et le gourou des technologies Rob Graham ont développé et offert dans le cadre d’un projet pilote l’an dernier.
Le plan de cours de Exclusion to Inclusion: Imagination and Creativity in the 21st Century Classroom (de l’exclusion à l’inclusion : l’imagination et la créativité dans la salle de classe du XXIe siècle) prévoit une étude du développement de l’imagination et de la créativité chez les élèves du jardin d’enfants à la 12e année, dans le but d’encourager une attitude qui valorise d’autres façons de savoir, de faire et de s’exprimer.
Comme inspiration, le groupe cite Ken Robinson ainsi que le désir de voir les élèves et leurs pédagogues connaître, faire et s’exprimer différemment.
Blaine Hatt explique : «Nous sommes fatigués d’entendre les élèves demander aux enseignants “c’est ça que je dois faire?” ou “que dois-je faire pour avoir un A?”»
Lui et ses collègues estiment que ces questions, ainsi que le système d’éducation de l’Ontario basé sur les examens et les résultats, sont à la base du système d’éducation d’aujourd’hui. Selon eux, cela empêche élèves et pédagogues d’atteindre leur plein potentiel.
Paraphrasant Robinson, Rob Graham affirme que le système d’éducation de l’Ontario, en commençant par la formation à l’enseignement, doit donner aux pédagogues l’espace nécessaire pour faire à la fois preuve de professionnalisme et de créativité dans leur manière de motiver les élèves. «Et cela commence par donner une plus grande place à la créativité et à l’imagination dans les activités en classe, en laissant les élèves faire des choix dans leurs travaux», affirme-t-il.
Donner plus de choix
«Le fait d’avoir un choix permet aux élèves de faire des rapprochements entre ce qu’ils apprennent et leurs propres intérêts et aptitudes, ajoute M. Hatt. C’est ce qui permet de les motiver.»
Mais les enseignantes et enseignants n’ont-ils pas toujours donné des choix aux enfants? Choisissez un livre pour faire un compte rendu. Choisissez un sujet de présentation. Choisissez un sujet pour votre composition ou votre projet.
«Le choix va beaucoup plus loin que le sujet, affirme Liz Ashworth. Il inclut aussi la façon de le présenter.»
Le choix passe également par l’évaluation de situations d’apprentissage authentiques telles que la création et la présentation de tableaux d’affichage et l’enregistrement sur bande vidéo des présentations. Il passe par l’utilisation de portfolios en mathématiques et en sciences aussi bien qu’en arts visuels.
«Le choix porte sur le point de vue également», poursuit Mme Ashworth. «Redessinez une œuvre de Picasso à la manière d’un impressionniste. Racontez l’histoire ou composez un poème sur le thème de la crête de Vimy, en vous mettant à la place d’un soldat allemand. Rédigez un rapport de laboratoire du point de vue du méthane.»
Le choix découle aussi de l’utilisation d’une variété d’outils d’évaluation, notamment de listes de vérification, d’échelles d’évaluation et de rubriques officielles en forme de grilles. Les élèves devraient également être en mesure de commenter leur propre évaluation, selon Mme Ashworth. «Donnez-leur la chance de s’autoévaluer et d’évaluer leurs pairs pour des travaux de plus grande envergure. Permettez-leur de parler avec l’enseignant avant la date de remise du travail, de montrer leur travail et de recevoir des commentaires confidentiels de leurs pairs au moyen de listes de vérification. Donnez également la chance aux élèves d’attribuer une note à leurs propres travaux.»
Liz Ashworth et ses collègues adeptes du concept ICE demandent à leurs étudiantes et étudiants en enseignement de préparer la rubrique pour l’évaluation de leur dernier travail. Les rubriques doivent refléter les attentes du cours, mais peuvent prendre n’importe quelle forme. «Pour les étudiants, c’est l’aspect le plus difficile du cours, parce qu’ils sont tellement habitués à ce que d’autres leur dictent les modalités d’évaluation», dit-elle.
Le recours à la créativité et à l’imagination dans la formation des futures enseignantes et futurs enseignants devrait se traduire par l’utilisation, par ces futurs pédagogues, de la créativité et de l’imagination dans leur propre salle de classe.
Blaine Hatt décrit l’imagination comme étant la faculté qui permet de concevoir des notions qui n’existent pas. La créativité concerne la mise en œuvre – la capacité de passer du concept à la réalité. «Vous pouvez être imaginatif et créatif, dit-il, mais la vraie question est : Vos élèves font-ils preuve d’imagination et de créativité dans leur manière de savoir, de faire et de s’exprimer?»
La passion de Rob Graham est l’utilisation créative de la technologie. Selon lui, de nombreuses écoles ont accès à un grand nombre de technologies et l’argent n’est pas la barrière principale à l’utilisation efficace de la technologie en salle de classe. Le défi consiste plutôt à trouver des manières imaginatives et créatives d’utiliser les technologies disponibles.
«En ce sens, estime M. Graham, l’esprit représente la barrière la plus difficile à franchir. Le plus souvent, le principal ingrédient manquant est une forme de pédagogie qui encourage l’utilisation de la technologie.»
Les recherches de M. Graham, ainsi que ses expériences en salle de classe, confirment que le niveau de motivation des élèves est plus élevé avec l’usage de la technologie. De plus, elle contribue à améliorer le niveau de motivation des élèves pour leur apprentissage, la technologie renforce également la capacité de gestion de la classe de l’enseignant.
En s’inspirant du concept ICE, Rob Graham a développé de nombreuses idées basées sur la technologie qui sont à la fois valables en matière de pédagogie, économiques et faciles à mettre en œuvre.
Au cours de l’été, l’équipe de Hatt, Ashworth et Graham a entamé la phase de réflexion du processus de développement du cours qu’ils ont élaboré, passant en revue leurs propres commentaires et ceux de leurs étudiants recueillis au cours de la première année d’essai.
«Nous devons tenir compte de ces commentaires et de la manière dont nous allons continuer de développer ce projet qui nous passionne tant, commente M. Graham. La passion est notre ingrédient magique.»
Leur doyenne, Sharon Rich, accorde un soutien inébranlable à leurs travaux : «Innover est important, tant pour nos enseignants que nos étudiants. La formation à l’enseignement et notre système d’éducation en sont encore à l’ère industrielle. Nous vivons dans l’ère numérique et nous devons en tenir compte en changeant nos façons de faire. La coopération est très importante pour favoriser l’amélioration et les progrès, mais les enseignants ici à la faculté et dans de nombreuses écoles de la province ont tendance à travailler en vase clos. Ceux qui travaillent avec le concept ICE ont trouvé ce qui les passionne en éducation et cela les pousse à travailler ensemble, à ouvrir les portes des salles de classe et à communiquer en vue d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage.»
Leur passion semble contagieuse. Le cours sera donné de nouveau cette année et cinq nouveaux collègues se sont joints à l’équipe ICE.
Idées à utiliser en classe
Métaphore du questionnement
Choisissez votre propre métaphore pour illustrer votre questionnement concernant, par exemple, votre rôle en éducation. Partagez-la avec vos pairs et votre enseignant en l’inscrivant dans le site web du cours. Cette métaphore pourrait prendre la forme d’un paragraphe, d’une vidéo, d’une photo avec annotations, d’un poème ou être présentée dans tout autre format de votre choix. (note : à la recherche d’un exemple en classe)
Et si…
Créez une œuvre originale (en travaillant seul, deux par deux ou en petits groupes) répondant à une question «et si... ?» en lien avec votre sujet. Réécrivez une histoire, mais en la replaçant dans un autre contexte. Créez un jouet à partir d’objets trouvés dans la boîte de recyclage. Composez une pièce musicale en vous inspirant d’un mot choisi au hasard dans le dictionnaire. Écrivez un poème à partir d’une nouvelle (ou vice-versa) et composez la musique pour l’accompagner. Inventez un nouveau sport. Les possibilités sont infinies.
Point de vue
Créez une œuvre originale en adoptant un point de vue différent. Refaites une peinture en adoptant une perspective différente. Réécrivez la musique et les paroles d’une chanson dans un autre genre musical. Reprenez une histoire ou un conte de fées en adoptant la perspective d’un autre personnage. Racontez l’histoire d’une bataille importante en vous mettant à la place de l’ennemi. Décrivez les résultats d’une expérience en adoptant le point de vue du gaz.
Vidéo sans montage
Demandez aux élèves de tourner une brève vidéo thématique d’un trait, sans montage. La seule contrainte est qu’ils doivent la tourner en une seule séance (pas de montage ni coupure). Cette contrainte rend l’activité plus stimulante pour les élèves et plus fonctionnelle en matière de temps et de ressources pour les pédagogues. Pour voir en exemple, consultez : www.youtube.com/watch?v=3-ftGI2Wg1Q.
Outils à utiliser dans la salle de classe

Dictaphone numérique (70 $)
- Laissez les élèves s’enregistrer pendant qu’ils lisent ou qu’ils présentent des discours. Faites-leur entendre l’enregistrement et travaillez sur le débit d’élocution, le volume, l’intonation, l’emphase et d’autres techniques oratoires et de lecture efficaces.
- Demandez aux élèves de mener des entrevues dans le cadre de leurs projets de recherche. Dans le cadre d’activités plus complexes, vous pouvez demander aux élèves d’éditer leurs travaux, d’ajouter de la musique, d’en faire des baladodiffusions ou même de partager leurs efforts dans Internet.
- Les élèves peuvent utiliser le gratuiciel Audacity pour manipuler des fichiers audio.
- Conservez des enregistrements audio numériques des progrès des élèves en lecture et faites-en jouer des échantillons lors des rencontres avec les parents. Créez et partagez des évaluations audio pour évaluer les progrès des élèves tout au long du semestre ou de l’année.
- Demandez aux élèves d’expliquer leur manière de résoudre des problèmes de mathématiques. Vous pouvez écouter et évaluer les explications plutôt que corriger les copies. Laissez les parents écouter ce que leurs enfants apprennent en classe.
Cadre photo numérique (à partir de 20 $)
- Prenez des photos durant les activités de laboratoire scientifique et installez une zone de procédures pour montrer aux élèves comment faire. Au lieu de donner des explications aux élèves quand ils viennent vous voir, dirigez-les vers le cadre afin qu’ils puissent voir comment faire.
- Prenez des photos des élèves en action et installez un cadre dans un coin de votre salle de classe avec du café lors de la soirée de rencontre avec les parents.
Appareil photo numérique (50 $ et plus)
Deux élèves prennent l’appareil photo pour une semaine. Ils prennent des photos, créent un projet sur un sujet en particulier et en font la présentation au bout de la semaine. Utilisez cette méthode au lieu de la rédaction d’un journal ou des événements d’actualité. Les projets visuels sollicitent d’autres aptitudes que les travaux écrits plus traditionnels.
Machine à son ambiant (à partir de 20 $)
- Choisissez un son ou demandez aux élèves d’en choisir un et de raconter une histoire en lien avec celui-ci.
- Utilisez l’appareil comme accompagnement au moment de raconter une histoire et laissez aux élèves le soin de choisir le son utilisé.
Korg nanoPAD (80 $)

Le Korg nanoPAD consiste en une interface USB comportant 12 touches sensibles. Il permet aux élèves d’intégrer des sons ou des notes de musique à n’importe laquelle de leurs activités. Ils peuvent l’utiliser pour créer des réponses sonores à des histoires, ajouter des sons à des activités de lecture à voix haute ou créer des ambiances sonores pour accompagner histoires, pièces de théâtre et poèmes. Enseignants et élèves peuvent créer des chansons de rap en apprenant des leçons de mathématiques ou en mémorisant leur horaire.
Marionnettes pour tableaux blancs électroniques
Les tableaux blancs électroniques ne sont pas souvent utilisés dans les salles de classe du cycle primaire. Donner aux élèves plus jeunes une marionnette à la mine déterminée, qu’ils pourront utiliser à l’écran, les aidera dans le développement de leur motricité fine et contribuera également à les intéresser.
Stylo Live Scribe (100 $)

www.livescribe.com (en anglais seulement)
Ce stylo intelligent permet de prendre des notes tout en faisant un enregistrement audio, puis de jouer l’enregistrement en tapant directement sur les notes. Une autre application permet de sauvegarder les notes sur un ordinateur, pour ensuite rechercher des mots et exporter les notes et enregistrements audio sous forme de fichiers PDF ou sonores.
Vous pouvez regarder la démonstration de Rob Graham sur les utilisations du stylo Live Scribe à l’adresse suivante : www.livescribe.com/cgi-bin/WebObjects/LDApp.woa/wa/MLSOverviewPage?sid=DMxrMzWHrBbN (utilisez le mode plein écran; sujet à changements)
Ken Robinson
Ken Robinson, un ancien professeur d’éducation à l’Université Warwick, au Royaume-Uni, s’est d’abord fait connaître en 1998 lorsqu’il a dirigé une commission nationale sur la créativité, l’éducation et l’économie pour le compte du gouvernement de Tony Blair. Le rapport final de la commission, intitulé All Our Future: Creativity, Culture and Education (tout notre avenir : créativité, culture et éducation) concluait que le système d’éducation du Royaume-Uni, basé sur la prescription, nuisait à la créativité des enseignants et de leurs élèves. Dans son livre The Element: How Finding Your Passion Changes Everything (l’élément : comment trouver sa propre passion change tout), publié en 2009, l’auteur avance que la société doit favoriser la créativité et l’innovation en repensant les ressources humaines et l’imagination et en transformant l’éducation et le monde des affaires pour faire face aux défis de la vie et réussir au XXIe siècle.
Ken Robinson, qui habite en Californie et gagne sa vie en donnant des conférences sur la créativité, ne blâme pas les enseignantes et enseignants pour l’état actuel des choses. «Nous faisons passer tous ces enfants dans l’usine de l’éducation, mais ils n’ont dans leur tête aucune pensée créative. Ils ne sont pas capables d’innover, de travailler en équipe ni de communiquer de manière appropriée. «C’est la faute du système, qui est trop linéaire, dit-il. Si vous vivez dans un monde où chaque cours dure quarante minutes, vous interrompez immédiatement le flot de créativité. Nous devons éliminer la hiérarchie qui existe parmi les matières. Rendre certaines disciplines plus importantes que d’autres ne fait que renforcer les postulats dépassés de l’industrialisme et nuit au principe de diversité. Les domaines des arts, des sciences, des lettres et sciences humaines, de l’éducation physique, des langues et des mathématiques contribuent tous également et de manière fondamentale à l’éducation des élèves.»
Pour en apprendre davantage
CRAFT, Anna et JEFFREY, Bob. «Creativity and Performativity in Teaching and Learning: Tensions, Dilemmas, Constraints, Accommodations and Synthesis»dans British Educational Research Journal; vol. 34; no 5; octobre 2008.
LIN, H. «The Ethics of Instructional Technology: Issues and Coping Strategies Experienced by Professional Technologists in Design and Training Situations in Higher Education» dans Educational Technology Research and Development; vol. 55; no 5; 2007.
PINK, Daniel H. A Whole New Mind: Moving from the Information Age to the Conceptual Age; Riverhead; 2005.
Robinson, Ken et Aronica, Lou. The Element: How Finding Your Passion Changes Everything; Penguin; 2009.
Robinson, Ken. Out of Our Minds: Learning to be Creative; Wiley/Capstone; 2001.
Site web de Ken Robinson : www.sirkenrobinson.com
Pour visionner sa vidéo Do Schools Kill Creativity : www.ted.com/talks/lang/fre_ca/ken_robinson_says_schools_kill_creativity.html