Courrier des lecteurs

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Dangers de la technologie

Votre article sur l’utilisation de la technologie dans nos salles de classe était bien intéressant, mais il m’a consterné («La génération Facebook à l’école», décembre 2011). Bien que vous ayez présenté des idées passionnantes, je déplore le manque flagrant de pensée critique et de perspective comparative.

Quelle que soit l’activité éducative visée, l’image des élèves de 1re année entièrement absorbés par leur assistant numérique où il n’y a ni contact visuel ni interaction est bouleversante. (Je sais que ce n’est qu’un instantané, mais la portée semble symbolique.)

Je ne suis pas contre l’utilisation de la technologie. Cependant, je m’inquiète souvent pour le système d’éducation qui peut être entraîné par les changements sociaux et qui, tentant de s’en remettre, n’arrive pas à déterminer les principaux enjeux ni à animer le débat.

L’automne dernier, le New York Times a publié des articles rédigés par le journaliste Matt Richtel, gagnant d’un Pulitzer, lesquels remettaient en question l’efficacité d’un apprentissage assisté par ordinateur. M. Richtel avait interviewé des employés et des cadres d’industries de technologie de Silicon Valley comme Google, Apple et Hewlett-Packard. À leur avis, plonger les jeunes enfants dans une réalité technologique est absurde et potentiellement dangereux.

Daniel Wegner, professeur à Harvard, a remarqué que les personnes ayant accès à Internet ont tendance à mémoriser moins d’information. La technologie remplace cette capacité. On pourrait se réjouir de ce phénomène. En revanche, il pourrait engendrer des répercussions sur le développement du cerveau d’un élève à l’élémentaire. La recherche de Michael Rich à la Harvard Medical School a donné lieu à des préoccupations importantes concernant les conséquences qu’entraîne l’utilisation excessive de l’ordinateur (particulièrement les jeux vidéo) sur la santé des enfants. Le domaine de l’éducation doit-il adopter la technologie simplement parce que les élèves l’utilisent déjà? Nous savons que le cerveau des enfants qui lisent des livres bourdonne d’activité. Nous savons également que, lorsque nous enseignons les mathématiques avec du matériel de manipulation physique, les élèves enregistrent une activité cérébrale intense semblable. Nous devons approfondir les recherches liées à l’utilisation des ordinateurs.

J’aimerais simplement voir, compte tenu de notre empressement à adopter les technologies, un plus grand débat et une étude plus approfondie. Alors que nous recherchons de nouvelles façons d’enseigner différentes matières à l’aide d’ordinateurs, nous devons aussi nous demander si cet apprentissage est vraiment meilleur.

Skot Caldwell, EAO, enseignant de 1re année à la Centennial Public School de Kingston.           


Trop de diplômés

J’ai entendu nombre de points de vue sur la question des nouveaux enseignants et des retraités. J’aimerais vous parler de mon expérience et de ma recherche. Depuis les dix dernières années, il y a un surplus constant d’enseignants (tel qu’en fait mention l’étude sur la transition à l’enseignement). Une baisse importante des départs à la retraite et une augmentation du nombre de diplômés et d’immigrants ont entraîné une offre deux fois plus grande que la demande (12 200 nouveaux enseignants contre 4 600 retraités). Je ne crois pas que les retraités soient le problème.

Tous les étudiants ayant suivi le programme de formation à l’enseignement la même année que moi ont obtenu leur diplôme, et nous ne sommes pas les seuls. D’après mon expérience, les établissements accordent trop de diplômes. Ce surplus ne fait que contribuer davantage au surplus d’enseignants et pourrait bien faire diminuer la qualité au sein de la profession. À mon sens, il faut cesser d’accepter chaque étudiant qui soumet une demande d’inscription. Par exemple, en 2010, des 12 500 personnes ayant soumis une demande d’inscription, environ 9 000 ont été acceptées et ont reçu un diplôme. L’Université York a décerné un diplôme à 97,7 pour cent de ses étudiants en éducation, soit le taux de réussite le plus élevé de tous les programmes, la moyenne étant de 67,7 pour cent. Les autres universités ne sont pas différentes.

Il faut discuter des mesures à prendre pour qu’on accepte moins de demandes d’inscription. Il pourrait être nécessaire d’augmenter les conditions d’admission à un B. Éd. et de commencer à réduire le nombre de diplômes accordés ou peut-être même de supprimer les programmes consécutifs. La compétition engendre l’excellence, mais, en faisant de nos établissements des usines à diplômes, nous ne faisons qu’éclipser les meilleurs enseignants qui en sortent.

Darrell Stoddart, EAO, enseignant d’études communautaires au Georgian College de Barrie.



Vive les programmes d’échange!

L’immersion est la meilleure façon d’apprendre une langue étrangère. Bien que les pédagogues puissent tenter de recréer un tel milieu au moyen de sorties, de musique ou d’autres expériences culturelles, rien ne vaut la vie au quotidien dans la langue étudiée pour en acquérir une compréhension pratique et intuitive.

En tant qu’enseignante de langue et chef de section à la retraite, je suis maintenant bénévole pour la Fondation canadienne des échanges éducatifs, laquelle organise des échanges d’élèves entre le Canada et plusieurs pays d’Europe occidentale. Par exemple, des élèves canadiens sont jumelés avec des élèves français. Ces derniers viennent au Canada pour la durée de l’échange (typiquement trois mois) et vivent avec leur famille d’accueil (celle de l’élève avec qui ils sont jumelés), vont à l’école, font du tourisme et participent activement au mode de vie nord-américain. Les élèves canadiens vivent la même expérience avec la famille de leur partenaire européen. Il existe aussi un échange d’été d’un mois en Espagne et en France.

À titre de bénévole, je me rends dans les écoles secondaires pour parler du programme d’échange aux élèves et au personnel enseignant. Bien que nombre d’enseignants accueillent avec enthousiasme cette occasion d’informer leurs élèves d’une expérience qui pourrait changer leur vie, d’autres pensent que le programme scolaire est plus important et ne veulent pas m’accorder les 35 minutes dont j’ai besoin pour ma présentation. Ce point de vue me semble très obtus étant donné que les voyages élargissent les esprits et offrent une expérience qui est tout aussi valable que l’apprentissage en classe.

En fait, les programmes d’échange apportent autant d’avantages aux écoles qu’aux élèves qui y participent. Les participants interagissent avec les élèves de la localité où ils séjournent et les enseignants leur présentent une perspective européenne. Par exemple, à mon ancienne école, on offrait aux élèves intéressés des occasions de rencontrer et d’interagir avec des visiteurs européens. Cette activité était toujours appréciée.

Par conséquent, je pense que les enseignants de langue devraient appuyer les programmes d’échange, que ce soit pour que les élèves améliorent leurs compétences linguistiques ou pour favoriser leur développement personnel.

Les cours de langue gagnent en popularité. Plus nous gardons les élèves dans nos cours de langue, mieux préparés seront-ils à évoluer dans le monde.

Bonnie Lilien, EAO, a pris sa retraite du Don Mills Collegiate de Toronto, où elle a enseigné le français, l’anglais et l’éducation de l’enfance en difficulté. Elle a également occupé le poste de responsable adjointe du programme-cadre pour la section des langues.


À propos du nouvel immeuble

Je suppose que, plus vous répéterez «nous devons absorber une légère augmentation aujourd’hui pour éviter les pressions financières de demain», plus vous croirez la propagande. Quelles âneries! Achetez un immeuble sur l’une des rues les plus chères de l’Ontario et faites-nous croire que la transaction a été faite pour le bien commun. Pourquoi ne pas acheter (si l’achat est votre seule option) dans une ville comme Oshawa, par exemple, où l’immobilier coûte bien moins cher qu’en plein centre-ville de Toronto?

L’autre élément de logique dysfonctionnelle que l’Ordre utilise pour justifier cet achat aberrant est que les fédérations d’enseignants et autres organismes de réglementation ont opté pour l’achat de leur propre immeuble. Alors comportons-nous comme des moutons et achetons un immeuble dont nous n’avons pas besoin pour remplir nos tâches. En passant, les membres de ces fédérations et organismes de réglementation ont-ils donné pour mandat d’acheter un immeuble? L’Ordre ne nous a pas demandé notre avis à ce sujet.

Quel gâchis! Bravo à l’Ordre, à ses membres et à tous ses composants.

Max Rittner, EAO, enseignant à la retraite et suppléant pour le Toronto District School Board.